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07 Mai

Commentaires fermés sur Résultat du 2e tour de l’élection présidentielle – Déclaration de Jean-Christophe Cambadélis – Dimanche 7 mai 2017

Résultat du 2e tour de l’élection présidentielle – Déclaration de Jean-Christophe Cambadélis – Dimanche 7 mai 2017

par


Jean-Christophe Cambadélis : « La France doit… par PartiSocialiste

Déclaration de Jean-Christophe CAMBADÉLIS

Premier secrétaire du Parti socialiste

Paris, siège du Parti socialiste

Dimanche 7 mai 2017

Seul le prononcé fait foi


Françaises, Français, mes chers compatriotes,

La victoire d’Emmanuel Macron est un succès pour la République qui ce soir est mise à l’abri.

Nous sommes fiers d’avoir contribué à freiner la poussée nationaliste en appelant explicitement à voter pour Emmanuel Macron, sans fausse pudeur et sans calcul. Je tiens ici à remercier les militants et les sympathisants socialistes qui ont distribué des tracts et fait campagne activement pour faire reculer la haine.

Malgré la menace, beaucoup de nos concitoyens ont choisi l’abstention. Nombreux sont ceux qui ont choisi un bulletin blanc ou nul.

Surtout, avec près de 11 millions de voix, l’extrême droite atteint ce soir un triste record pour notre pays.

Ce résultat est à l’image de cette campagne : il est déroutant voire inquiétant. Ce résultat nul ne peut s’en satisfaire, il a une trop grande part d’ombre.

Même si le succès d’Emmanuel Macron est indéniable et nous saluons le nouveau Président de la France, ce résultat est un appel urgent au rassemblement.

Oui, le nouveau président de la République se trouve devant l’ardente obligation de rassembler tous les Français, certes comme chaque Président, mais plus que jamais rassembler, cela veut dire ne pas céder aux vertiges de la victoire.

Rassembler, cela suppose de reconnaître l’ardente nécessité de l’écoute.

Rassembler, cela nécessite de construire dans un esprit de compromis des solutions concrètes, efficaces, sociales et justes pour tous nos concitoyens.

Ce soir, la République reste préservée du populisme xénophobe. Mais, dès demain, il va falloir travailler d’arrache-pied pour renforcer partout la République. N’oublions pas les grands défis de notre pays : la fracture sociale, les inégalités salariales, le chômage, la croissance, le terrorisme ou l’Europe.

De fait, personne ne peut souhaiter l’échec de ce quinquennat qui s’ouvre. Il faut maintenant penser à la France, ne pas préjuger et encore moins se réfugier derrière des raisons partisanes.

Si nous souhaitons la réussite de ce quinquennat pour la France et les Français, nous sommes persuadés que seuls l’esprit de dialogue, l’impérieuse obligation de préserver notre cohésion ‎par la justice sociale et l’écologie solidaire permettront à notre pays de s’en sortir.

La tâche qui attend le nouveau Président de la République est à l’image de sa responsabilité : immense ! Les forces du commencement seront les plus difficiles à mobiliser. Car il n’y aura dans les tréfonds du pays, peu d’état de grâce.

Face à la fragmentation contemporaine qui tiraille notre pays, c’est le rôle irremplaçable de la gauche de rassembler les Français et de redonner sa force et son unité à la France. Notre position est donc claire : la France doit avancer, mais en ne laissant aucun des siens au bord du chemin. Autrement dit, nous nous battrons pour que personne ne reste en marge. C’est dorénavant notre rôle.

Ce souci premier de justice, inscrit dans notre histoire, nos principes et notre programme, va être utile à la France. Cet esprit de responsabilité mais aussi cette volonté de justice sociale est la meilleure façon d’aborder ces temps du commencement.

Le pays a besoin de tous ses enfants et d’abord de la gauche.

Je vous remercie.

 

 

Crédit photos: Mathieu Delmestre

02 Mai

Commentaires fermés sur Meeting de Dijon contre le Front National – Discours de Jean-Christophe Cambadélis – mardi 2 mai 2017

Meeting de Dijon contre le Front National – Discours de Jean-Christophe Cambadélis – mardi 2 mai 2017

par

Discours de Jean-Christophe CAMBADÉLIS

Premier secrétaire du Parti socialiste

Dijon, mardi 2 mai 2017

Seul le prononcé fait foi

 

Mes cher-e-s camarades, cher-e-s ami-e-s,

Nous voici donc ici, à Dijon, au cœur de la Bourgogne. Au cœur aussi d’une étrange campagne qui a mis l’extrême droite au second tour. Vous l’aurez compris, le lieu me convient bien plus que le moment.

Mais ce moment difficile, dangereux, il faut l’accepter tel qu’il est. Il faut y répondre avec volonté. Il faut l’affronter sans transiger. Il faut donc le qualifier et dire les choses sans se tromper : La bataille de France vient de commencer.

Oui, deux destins sont possibles pour notre grande nation. L’issue de cette grande bataille déterminera le chemin que la France prendra dans ce siècle. Elle ne se jouera pas seulement dans cette élection car le combat durera au moins une décennie. Mais, l’issue de cette élection marquera de son empreinte le déroulement de cette bataille de France, en France et pour la France.

Mes chers amis,

Nous sommes rassemblés ici pour adresser un message clair au pays. Un message limpide dans une période trouble. Un message fort, pour la République, contre le nationalisme.

Ce message, tu l’as porté à l’instant, cher François, comme tu penses et comme tu agis : avec conviction et avec précision. Ici, dans cette belle ville qui t’a vu naitre, qui peut être fière de t’avoir choisi comme maire. Et qui peut être fière que ce message parte de son enceinte.

Ce message, chère Laurence, tu l’as délivré avec justesse et avec sincérité.

Ce message, le Premier ministre est venu le porter personnellement. Tu as dit les choses comme il se doit cher Bernard, avec gravité, en homme d’État que tu es, avec une haute conception de la France.

Ce message, je veux également le porter devant vous, prendre ma part dans ce moment, en aidant la République à trouver la réplique.

 

*          *          *

Mes chers amis,

Vous le sentez n’est-ce pas ?

Vous le sentez ce poids ?

Il nous vient de notre responsabilité face à l’Histoire. Mais, pas seulement. Ce poids, c’est aussi celui du regard que le monde entier pose sur nous en ce moment. Oui, le monde entier nous regarde. Inquiet. Impatient. Il veut savoir ce que la France va dire. Ce que la patrie des droits de l’Homme et le berceau de la Révolution va faire. Le monde entier veut savoir si la vague nationaliste va également emporter la France. Il veut savoir si la longue chaîne qui nous relie à 1789, à cette Révolution qui a enfanté la République, va se briser sous leurs yeux.

Oui, vous le sentez, l’Histoire s’écrit en ce moment. Et elle nous invite aussi à regarder la géographie. Partout dans le monde, je dis bien partout, la régression est en progrès. Partout, la peur étreint les cœurs et brouille la raison. Partout, on observe cette lame de fond autoritaire et xénophobe. En Pologne, en Slovaquie, en Tchéquie et en Hongrie, les populistes font reculer les droits. En Turquie, l’islamisme est en train d’enterrer le kémalisme. Et, après le choc du Brexit, il y a eu le coup de tonnerre de la victoire de Trump. Et pendant ce temps, monsieur Poutine avance ses pions, en Europe et au Moyen-Orient. Et ensemble, Poutine et Trump réunis, observent de manière gourmande et intéressée le lent délitement de l’Europe. Ils verraient bien entendu d’un bon œil que la France cède elle aussi aux sirènes du nationalisme.

En France, ce nationalisme a pris les traits de madame Le Pen. Si le Front national avait sa spécificité, il prend aujourd’hui sa place dans ce concert international des nationalistes. Le Front national est un maillon d’une chaîne redoutable qui va créer le chaos et jeter les peuples les uns contre les autres.

Dimanche prochain, ce n’est pas une élection comme les autres car le Front national n’est pas un parti comme les autres. Chacun essaye de voir dans ce vote un référendum. Pour ou contre l’Europe disent certains. Pour ou contre la mondialisation disent d’autres. Je vous le dis : dimanche prochain, c’est un référendum pour ou contre la République.

Mes chers camarades,

Oui, le Front national est un danger pour la République. Pas seulement par son passé, par ce qu’il fait dans les collectivités mais par l’avenir qu’il nous promet. C’est un triple péril, pour les Français, pour la République et pour l’Europe.

Le peuple Français, Madame Le Pen en parle sans cesse. Elle parle sans gêne en son nom. Elle se prend pour le peuple. Mais, il est où le peuple ? Dans 23% des Français ? Et les 77% restants ? Le peuple il est partout ! Personne n’a le monopole du peuple. Surtout, quand on sait que les premières victimes de sa victoire, ce serait le peuple lui-même. Car Madame Le Pen va ruiner les Français en organisant le repli aux frontières. La sortie de l’Euro et de l’Europe ? C’est la ruine des petits épargnants et de tous les ménages, l’augmentation des prix et le surendettement national.

Alors, même si madame Le Pen s’emmêle les pinceaux sur les modalités de sa sortie de l’Europe avec son nouvel ami Dupont-Aignan, par contre, soyez-en sûrs : il n’y aura pas de retard en ce qui concerne la sortie de la République.

Madame Le Pen s’apprête à piétiner notre devise républicaine. Elle compte bien remettre en cause tout de suite le cœur du droit, à savoir les droits de l’homme. Elle envisage en effet l’instauration d’un principe constitutionnel de « préférence nationale ». Madame Le Pen va trier les Français en les obligeant à prouver leur « francité » pour pouvoir bénéficier de la protection sociale et des conventions collectives. Elle fragilisera la protection de l’État en organisant la chasse aux « faux Français » dans l’administration, l’armée, la police, l’école, les hôpitaux.

Hier, le 1er mai, nous avons assisté à une véritable manipulation. Jean-Marie le Pen parlait à l’extrême droite classique et dépeignait de manière à peine voilée sa fille en Jeanne d’Arc. Il s’agissait là de convaincre les plus xénophobes que celle-ci n’avait pas changé malgré la dédiabolisation. Et au même moment, Madame Le Pen entonnait son champ nationaliste traduisant en termes adaptés les mêmes thèmes, pour montrer qu’elle avait bien changé, pour ne pas effrayer, pour mieux capter les colères multiformes de la société française.

Il ne faut pas se laisser abuser : il y a une ligne commune dans les deux discours, il y a une filiation évidente : tous deux veulent abattre la république en séparant – de force si besoin – ceux qu’ils appellent les Français « de souche » et les Français « de papier ».

Oui, Madame Le Pen c’est le désordre dans la société, en France et en Europe. Voilà son programme : Noyer les Français dans le poison de la division et broyer la France dans les replis du nationalisme étroit.

Pourtant, face à l’évidence de la menace, certains nous disent : « Voter Macron ? Mais, quand même, son programme est un peu flou… ». « Voter Macron ? Mais, il incarne un peu le néolibéralisme qui enfante l’extrême droite… Il incarne les causes et madame Le Pen les conséquences… ».

Je vais le dire le plus clairement possible : le 7 mai, il n’y aura pas de « mais » ! L’extrême droite est près du pouvoir. Tout près. Elle n’est plus à 18% mais à 40% au moins !

Elle est près du pouvoir et elle est prête aussi à l’exercer pour appliquer son programme, non pas d’alternance mais d’altération de ce qu’est la France !

Mes chers amis,

Oui, la République est en jeu car l’extrême droite l’a mise en joue.

Face à ce danger pas comme les autres, il ne faut pas tergiverser. Il ne faut pas se tromper de colère ni se tromper d’élection. Ce soir, devant vous, je mets donc solennellement en garde les dirigeants politiques de tous bords qui pensent pouvoir instrumentaliser ce second tour de la présidentielle en vue du premier tour des législatives.

Tout ce qui conditionne le vote pour monsieur Macron renforce le vote pour madame Le Pen. Chaque phrase qui pointe une faiblesse de monsieur Macron redonne de la superbe à madame Le Pen. Il y a déjà eu beaucoup trop de calculs et pas assez de convictions dans le premier tour de cette élection présidentielle pour continuer à prendre des risques.

Et pourtant, certains continuent de jouer aux apprentis-sorciers. Ils pensent pouvoir contrôler et donc doser la vague du dégagisme. Mais, le dégagisme sort toujours de son lit. Le dégagisme n’obéit jamais aux démocrates. Jamais. Nulle part. Les tenants du ras-le-bol et du renouveau devraient bien l’avoir en tête, où qu’ils se situent.

Pour ma part, je n’en appelle pas au dégagisme. J’en appelle à la République !

Et la République, on ne la sert pas à moitié.

La République, on ne la porte pas à demi.

La République, on ne la défend pas avec du ni-ni.

Quand la République est en danger, on ne peut pas faire le choix de la neutralité. Quand la France est en jeu, on ne se drape pas dans le drapeau Suisse. Il faut dire ce qui est : Le ni-ni débouche sur l’abstention et l’abstention débouchera sur la victoire de madame Le Pen.

Certains sont en train de nous inventer une nouvelle catégorie du vote : le vote subtil… Mais, l’heure n’est pas aux raisonnements fins, débités par des fines bouches. Ceux qui abandonnent la stratégie front contre front pour lui préférer le froufrou des calculs politiciens en seront pour les frais. On les retrouve à droite comme à gauche.

A droite, certains tentent d’expliquer à leur électorat qu’un Emmanuel Macron affaibli permettrait de renforcer la droite et donc de forcer une cohabitation en juin.

A gauche, certains tentent de nous vendre l’idée que le soutien à Emmanuel Macron doit être le plus laconique et le moins évident possible pour mieux préparer l’opposition en juin.

Toute cette finesse me dépasse. Vous aussi ? Vous avez raison. Lorsque qu’un animal vous charge alors que vous avez une pierre attachée au pied, vous ne discutez pas. Vous prenez la pierre pour vous défendre.

Plus madame Le Pen sera forte à l’issue du second tour, plus elle pourra peser sur les débats des mois et des années à venir. Son score élevé, elle le transformera en capital politique pour peser sur le destin de notre pays. Avec un score élevé, elle pourra s’appuyer sur la rue pour toute sorte de chose. Aucun doute : Un score élevé sera utilisé pour nous enjoindre de ne plus la ramener.

Alors, mes chers camarades, l’objectif est clair : il faut mettre madame Le Pen le plus bas possible sinon elle mettra un jour ou l’autre à bas la République.

Pour juger d’un danger, il faut considérer non seulement ce qui menace mais aussi et surtout ce que l’on peut perdre. Là aussi il faut être clair car les intentions de l’ennemi sont évidentes. Je comprends toutes ces positions qui découlent d’analyses différentes de ce moment. Je comprends que trop bien les désaccords qui se dessinent. Mais, disons-le, dans la France de madame Le Pen, il n’y aura pas de désaccords possibles.

Il ne faut pas tout confondre. Je ne confonds pas les élections. Bien entendu que nous avons un programme différent du candidat En marche. Le programme de Monsieur Macron, comme les autres programmes, j’aurai l’occasion d’en parler, plus en détails mais plus tard. Pas ici, pas maintenant. Ce qui est en jeu ce n’est pas le contenu de la politique dont notre République a besoin. Ce qui est en jeu, c’est la survie politique de la République.

Je ne confonds pas non plus madame Le Pen et ses électeurs, leur colère et sa volonté à elle de les exploiter. Mais, je sais très bien que si elle gagne, ce ne seront pas ses électeurs qui seront à l’Élysée, ce sera elle. Je sais pertinemment qu’elle agira en suivant les raisons et les réseaux de son père.

Dans ce moment plein de tourment, il faut avoir le sens des priorités, il faut avoir le sens de l’intérêt général, de ce qui compte et donc aussi du temps long. Nous l’avons dit, la bataille de France durera au moins une décennie. Chaque faux pas se paiera au prix fort. En conséquence, il faudra peser chaque parole, chaque action.

Ainsi, à celles et ceux qui sont sûrs de leur vote, je dis : ne cherchez pas à donner des leçons mais cherchez plutôt à donner des raisons d’aller voter le 7 mai.

A ceux qui doutent, je dis : Dimanche prochain, j’irai voter pour monsieur Macron d’un pas serein. Je choisirai ce bulletin calmement. Et tranquillement je le glisserai dans l’urne avec le sentiment du devoir républicain accompli.

 

*          *          *

Mes chers camarades,

Voilà le moment où nous sommes : Un moment qui teste la puissance de nos convictions et la force de notre engagement.

Voilà l’ennemi qui se tient devant nous : Un ennemi qui a rompu son isolement.

Dans ce moment et face à cet ennemi, il faut se tenir tranquille et droit mais surtout tenir bon. Notre parti ne peut pas se perdre dans les faux calculs et l’esthétique de la tactique. J’ai confiance. Si notre parti se tient droit, c’est qu’il incarne une raison au service d’un espoir. Si notre parti tient bon, c’est qu’il repose sur une conviction commune profonde, celle de la République, dans le sens de la justice et du progrès, au service de tous les Français.

Comme toujours, nous sommes du côté de la France. La France forte et diverse. Forte parce que diverse. Elle est à l’image de ces tuiles colorées et vernissées de Bourgogne, diverse mais harmonieuse, attirant les regards, inspirant le beau et le bon. Le Front national détruirait tout cela, c’est écrit dans son passé et dans son projet. Il l’assume et le revendique.

Oui, le moment est plus qu’inquiétant. Mais, quand un progressiste voit quelque chose qui l’inquiète et le révolte, eh bien, il ne s’agite pas, il agit !

A nous d’agir ! A nous de nous engager jusqu’à dimanche. A voter Macron et à faire voter Macron !

On vous dit que nous serions marginalisés ? Mais, quoi ? Les combats des socialistes seraient devenus inutiles ? C’est tout l’inverse ! Comme jamais la République a besoin de nous !

L’attachement viscéral aux libertés, ce serait futile de le porter ? Mais, c’est le ferment de la France !

La passion de l’égalité, ce serait une faiblesse de l’incarner ? Mais, c’est la force de la France !

L’engagement pour la fraternité, ce serait un peu caduc de s’y plonger tout entier ? Mais, c’est le sens de la France !

Quoi ? Le combat pour la République serait dépassé ? Mais, c’est l’âme de la France !

Oui, il nous revient, chers camarades, d’être en première ligne pour que la France reste la France !

Voilà pourquoi, mes chers camarades, ce soir, j’ai le cœur fier en prononçant devant vous ces derniers mots. Ces mots avec lesquels tout prend sens et tout se mesure. Ces mots qui achèvent les discours mais qui inaugurent toute action au nom du progrès. Ces derniers mots qui sont en fait les premiers :

Vive la République et vive la France !

 

Jean-Christophe CAMBADÉLIS

Premier secrétaire du Parti socialiste

Crédit photos: Mathieu Delmestre

24 Avr

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Résultat du premier tour de l’élection présidentielle – Déclaration du Premier secrétaire – lundi 24 avril 2017

par

Déclaration de Jean-Christophe CAMBADÉLIS

Premier secrétaire du Parti socialiste

Paris, siège du Parti socialiste

Lundi 24 avril 2017

Seul le prononcé fait foi

 

 

Mes chers compatriotes, Mesdames, Messieurs,

 

Hier, le peuple français s’est exprimé de manière souveraine. Ce vote doit être respecté. Mais il n’est pas interdit de l’expliquer. La participation – plus forte que celle qu’annonçaient les sondages – indique de manière claire que les Français ne se sont pas laissés impressionner par les attentats qui visaient à bousculer notre démocratie.

Au moment où je vous parle, l’extrême droite a mis un pied dans la porte du pouvoir en progressant de plus d’un million de voix. J’en mesure la portée pour notre pays et l’immense responsabilité qui revient désormais à notre parti.

Chacun va chercher à caractériser ce premier tour de cette élection un peu hors-sol. Car il faut le dire d’emblée : la France n’a pas réussi son grand rendez-vous avec elle-même. Ce vote insaisissable est le fruit d’une présidentielle anxieuse, nerveuse, fiévreuse et pour finir, douloureuse. Une campagne sans fond visible, où les sujets n’ont pas dominé, dont tout le monde souhaitait qu’elle se termine enfin, alors qu’elle n’aura jamais véritablement démarré. Une campagne dont une majorité de Françaises et de Français n’a jamais pu se saisir malgré le spectacle des meetings et des débats.

Dans cette étrange campagne, il y aura eu beaucoup de colère et de calculs mais très peu de propositions faisant débat sur les attentes politiques et les demandes programmatiques. Ce premier tour fut réduit à une seule injonction : Qui pour battre Madame Le Pen ? Tant il est vrai qu’aux lendemains du Brexit, de l’élection de Trump et sur fond de montée générale du nationalisme en Europe, chacun se demande si le tour de la France n’est pas venu.

Mais cette donnée a pesé au-delà du raisonnable dans l’avant-premier tour.

Le vote utile contre le Front national a littéralement mutilé le débat, qui se sera limité à une série d’engouements pour des personnalités plutôt que pour des projets.

Aucun d’entre eux ne dessinait d’ailleurs une France majoritaire, mais seulement un engagement éphémère dont le ressort était la qualification au second tour, signe d’une victoire assurée – ce qui reste à démontrer – face à la candidate de l’extrême droite. Avec un brouillage des clivages et un brouillard des affaires qui auront empêché le grand débat auquel les Français aspiraient pourtant ardemment et légitimement. Avec enfin, la terrible piqûre de rappel du réel des attaques terroristes qui ont fini d’aggraver le désarroi.

Nous voici devant le résultat. Beaucoup vont vouloir y lire l’émergence d’un nouvel ordre électoral alors que nous sommes uniquement dans un grand désordre politique. Beaucoup vont vouloir y déceler une recomposition là où il faut plutôt voir une certaine décomposition amorcée il y a bien longtemps. Je mets en garde contre les analyses hâtives définitives et les certitudes des nouveaux cours.

La marque de ce premier tour est l’accession du Front national au second tour. Et une victoire sur ce rejet ne fait pas une majorité de projet. Restons prudents.

La présence du Front national au second tour est un choc de forte magnitude pour notre pays, malgré le fait que, contrairement à 2002, les Français étaient prévenus du risque lepéniste. Ainsi, ce premier tour marque tout autant un tournant qu’un tourment.

Ce vote va indéniablement marquer la décennie à venir, qui sera tout entièrement articulée autour de la lutte entre la démocratie et le nationalisme. Entre une démocratie affaiblie et un nationalisme plus ou moins xénophobe mais profondément raffermi, hantant l’Europe mais aussi le reste du monde dit occidental.

C’est dans ce contexte, avec ces éléments en tête, qu’il faut analyser le résultat décevant, déroutant et inquiétant du candidat de la Belle alliance populaire, Benoît Hamon. Ce résultat est dû à un enchaînement d’attitudes dans une conjoncture redoutable, marquée par une laborieuse sortie de crise et le retour du tragique, qui combinés, auraient nécessité l’unité. Que nous ayons été au milieu de la tranchée gouvernementale ou au cœur de la campagne.

C’est une lourde défaite, nous l’assumons, due tout autant à un contexte qu’à l’essoufflement d’un projet politique. Les socialistes n’ont pas été jugés sur leur bilan, ni sur leur projet mais sur la capacité à affronter le 2e tour. Cette élection présidentielle n’est ni un début ni une fin, mais un moment d’une séquence politique, moment cruel pour des socialistes trop divisés. Ces résultats marquent la fin d’une époque et appellent un profond renouvellement tout en gardant la spécificité du Parti socialiste : Gouverner à gauche pour transformer.

L’introspection viendra. L’analyse de cette défaite prendra du temps, car elle vient de loin. Mais pas maintenant. Car le temps de l’explication n’est pas venu. Aujourd’hui, il faut se situer dans le temps de l’action. Et la séquence politique va jusqu’au 18 juin et la fin des élections législatives.

Dans cette période troublée, la main des socialistes ne peut pas trembler. Dans ce grand désarroi, le Parti socialiste assume ses responsabilités et fait un choix de clarté: Marine Le Pen Présidente ? Ça jamais ! Il faut faire barrage à l’extrême droite et voter pour la République.

En conséquence, le 7 mai prochain je voterai, nous voterons pour Emmanuel Macron. Je le ferai sans hésiter, sans détour et surtout sans condition, comme nous l’avions fait pour Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen.

Le Premier Ministre s’est exprimé avec la même clarté. Benoît Hamon est allé dans le même sens. Et je ne doute pas que le Président de la République, qui a été constant dans sa dénonciation de l’extrémisme national-populiste enverra un message fort à la Nation.

Il est de notre responsabilité de mettre en échec l’extrême droite. Tout nous y oblige : nos principes, le poids de notre histoire et l’imminence du danger. Oui, le danger est imminent. Comment ne pas le voir ? Mais, quand nous disons que le Front national est un péril, ce n’est pas uniquement par rapport à son passé, ou à ce qu’il fait au présent dans les collectivités, c’est aussi et surtout par rapport à l’avenir qu’il nous promet.

Le Front national est un danger pour la République et pour la France et donc bien entendu pour les Français. Madame Le Pen va ruiner les Français en organisant le repli aux frontières. La sortie de l’Euro et de l’Europe ? C’est la ruine des petits épargnants et de tous les ménages, l’augmentation des prix et le surendettement national. Madame Le Pen va trier les Français en les obligeant à prouver leur « francité ». Elle remettra en cause la protection sociale et les conventions collectives, au seul profit de « qui on est » et de « qui on n’est pas ». Elle fragilisera la protection de l’Etat en organisant la chasse aux « faux Français » dans l’administration, l’armée, la police, l’école, les hôpitaux.

Ainsi, le programme de Madame Le Pen ne se limite pas à la sortie de l’Europe : Elle veut aussi mettre en œuvre la sortie de la République. En effet, Madame Le Pen s’apprête à piétiner notre devise républicaine.

Il faut se le dire : le Front national ne rendra aucun service à la France. Alors même que Madame Le Pen veut nous faire croire que tous les défis d’aujourd’hui peuvent être résolus au niveau national. Son parti n’apportera aucune solution à la crise économique ou au défi écologique. Encore moins à la menace terroriste. La France est attaquée par le djihadisme de l’EI et confrontée à une multitude de défis. La France a besoin de l’esprit de concorde qui est sa meilleure ligne de défense. Or, le Front national incarne tout l’inverse. C’est le désordre assuré, la crise sociale et la tension entre les Français. C’est un saut, non pas dans l’inconnu, mais dans l’instabilité et dans la division, dans la marginalisation politique et historique de notre grand et beau pays. Le 7 mai au soir, si le plafond de verre s’écroule, il laissera la place à une chape de plomb. Si Madame Le Pen l’emporte, nous ne serons pas « chez nous » mais sans « nous » français.

Ainsi, face à ce danger, j’appelle tous les Français, quel que soit leur engagement partisan, à faire obstacle à la marche de l’extrême droite vers le pouvoir présidentiel.

Ainsi, face à ce danger, j’appelle tous les électeurs de gauche à nous rejoindre dans ce combat : Électeurs socialistes qui ont voulu faire barrage à Marine Le Pen en votant Emmanuel Macron ; Électeurs socialistes qui ont voulu soutenir la démarche originale et courageuse, que je salue, de Benoît Hamon ; Électeurs socialistes enfin qui ont espéré mettre un candidat se réclamant de la gauche au deuxième tour en soutenant Jean-Luc Mélenchon. A tous, je leur dis : aucun choix politique à gauche ne sera possible si Marine Le Pen gagne la présidentielle.

Les socialistes répondent toujours présents quand la France est alarmée, déboussolée et bousculée, quand le tourbillon tragique de l’Histoire s’enclenche à nouveau.

Le Parti socialiste a toujours été l’ardent défenseur de la République. Il l’a maintes fois démontré, jusque dans le cœur de la nuit de l’Occupation. Le Parti socialiste a toujours défendu le principe du barrage républicain. Nous sommes inconditionnellement pour la défaite du Front national, parce que nous sommes inconditionnellement pour la sauvegarde de la République.

Disant cela, j’appelle tous les militants socialistes, dont je salue l’engagement courageux dans cette campagne présidentielle, à redoubler d’efforts, partout, sur tous les territoires, sans relâche ni arrière-pensée, pour repousser le Front national et défendre ensemble les valeurs qui nous unissent indéfectiblement à la République.

Il ne s’agit pas ici simplement d’un appel solennel ou d’une déclaration sans lendemain. Il nous revient de porter ce message sur le terrain, auprès de tous nos concitoyens au moment même où de nombreuses forces politiques seront dans l’incertitude ou le retrait, voire la précaution.

Ainsi, nous allons nous lancer pour faire triompher la République le 7 mai prochain. Dans quelques heures, un tract sera publié à 4 millions d’exemplaires, plusieurs centaines de milliers d’affiches seront imprimées et placardées partout en France, des milliers de porte à porte et des centaines de réunions seront organisées par nos élus et militants tout au long des deux prochaines semaines.

Car il est hors de question de laisser la France perdre son âme. Car, c’est de cela qu’il s’agit : de l’âme de notre pays, du sens de la France.

Puis, viendront d’autres échéances. Nous refusons de les évoquer à présent tant que ne sera pas écarté le danger imminent.

Dans l’époque qui vient, l’avenir appartient à ceux qui sauront conjuguer la cohérence, la cohésion et la confrontation avec les nationalistes. C’est ainsi, la bataille de France vient de débuter. Elle sera longue. Le Parti socialiste y jouera tout son rôle et il sera à sa place : la première.

 


Jean-Christophe Cambadélis : « Il est hors de… par PartiSocialiste

16 Mar

Commentaires fermés sur « L’élection présidentielle ce n’est pas un pronostic mais un choix ». Interview au Point

« L’élection présidentielle ce n’est pas un pronostic mais un choix ». Interview au Point

par

 

Le site du Point publie ce jour une interview de Jean-Christophe Cambadélis que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Le Point : Manuel Valls ne soutient pas Benoît Hamon. Il ne respecte pas l’engagement de la primaire. Vous qui êtes le garant de la charte, qu’en pensez-vous ?

Jean-Christophe Cambadélis : Il faut toujours respecter les instances, les votes démocratiques. C’est une constante de l’engagement politique. Mais, force est de constater que ce quinquennat n’a pas été avare de remises en cause tous azimut de nos décisions collectives. Je ne donne pas aux déclarations de Manuel Valls, à huis clos, un autre sens que la légitimation de son non-parrainage et le refus de rejoindre Emmanuel Macron. Allons au-delà de l’écume des choses.

De plus en plus de responsables socialistes, issus des réformateurs, comme Pierre Moscovici, vont appeler à voter Macron sans forcément le rejoindre. N’est-ce pas une anticipation de ce que sera la position du Parti socialiste in fine ?

Non, le Parti socialiste a décidé en convention nationale à l’unanimité de soutenir le vainqueur de la primaire. Le Premier secrétaire s’y tient. C’est de bonne politique car une présidentielle n’est pas un pronostic mais un choix. Une présidentielle dit toujours beaucoup de chose sur le moment politique…

Plutôt le chaos en ce moment…

Nous sommes dans une phase de décomposition de la Vème République. Les affaires en sont le symptôme. Le fait que deux candidats qui professent le « ni droite ni gauche », sans être équivalent dans leur nature, soient en tête en est le second élément. Le Front national s’installant dans la vie politique française à un haut niveau a fait exploser le bipartisme, c’est le troisième élément. Le scrutin majoritaire à deux tours n’est plus capable de contenir les offres politiques.

Un moment de décomposition ou de révolution politique ?

De décomposition politique car la révolution n’est pas encore là. Manifestement, le prochain président de la République va être élu par défaut puisqu’il sera élu, au second tour, dans le « tout sauf le Front national ». Un barrage ne fait pas un programme. Donc, il sera faible alors que nos institutions sont faites pour qu’il soit fort et  ordonne la vie politique. A cette étape, nul ne sait s’il aura une majorité parlementaire. Nous entrons dans une forme de IVème République dans la Vème. Le fait que le Front national ordonne toutes les réflexions politiques, en positif comme en négatif, n’est pas sain pour notre pays. La situation est enfin aggravée par la décision de Jean-Luc Mélenchon de ne pas soutenir le candidat socialiste qui lui était proche sur tous les thèmes. C’est une rupture stratégique de l’union de la gauche. Et, dans le même temps, les affaires et la radicalité de François Fillon ont provoqué l’émergence d’un nouveau centre qui s’est émancipé de la droite classique et de la gauche. Si bien que la concomitance de ces trois phénomènes – crise de nos institutions, montée du FN et changement stratégique – ouvre une nouvelle histoire de la politique française.

Barré sur sa gauche par Mélenchon, Benoît Hamon aurait-il dû faire plus de concessions aux socialistes réformistes de manière à rattraper Macron ?

On aurait pu toujours souhaiter que son mouvement soit plus rapide. Mais ce qui n’était pas prévu, c’est que Jean-Luc Mélenchon ferme la porte à gauche et que François Fillon, à son corps défendant, ouvre  la sienne en libérant le centre. Depuis, on assiste à un phénomène paradoxal autour d’Emmanuel Macron : ses ralliements viennent de la gauche alors que ses électeurs viennent de la droite.

Si on vous suit bien, nous allons droit vers une chambre ingouvernable… Comment le PS peut-il espérer tirer son épingle du jeu ?

Le changement de calendrier électoral avec des législatives qui suivent la présidentielle va, cette fois-ci, pleinement jouer son effet. En dehors du cas où Marine Le Pen serait élue Présidente, nous avons trois cas de figure possibles. Si François Fillon est élu, nul ne peut exclure une cohabitation avec la gauche. Si c’est Emmnauel Macron, nul ne peut exclure qu’il n’ait pas de majorité absolue et qu’il soit contraint de ne plus être dans le « ni droite ni gauche » mais d’être dans le « et droite et gauche », soit de manière permanente avec un accord de gouvernement ou au cas par cas sur l’ensemble de ses projets. Ce qui naturellement fragilisera l’exécutif. Enfin, si c’était Benoît Hamon, il y aurait fort à parier qu’il serait contraint d’organiser une majorité parlementaire allant de Macron à Mélenchon.

Et donc d’adapter son projet… 

Disons qu’il serait dépendant de cette majorité.

Mais il n’y a pas de points communs entre Macron, Hamon et Mélenchon… C’est ingouvernable ! Autant dissoudre…

Parce que vous pensez qu’il y a des points communs entre Alain Madelin et Robert Hue? Entre Laurent Wauquiez et Nathalie Kosciusko-Morizet ? Il va falloir apprendre les compromis et les coalitions.

Que restera-t-il du PS après la présidentielle ?

Outre le fait que nous devons soutenir le candidat désigné par la primaire, il y a un intérêt politique à rester groupés. Le PS doit serrer les rangs pour que son candidat soit le plus haut possible soit pour être au second tour soit pour que le Parti socialiste soit en capacité de peser dans les législatives où nécessairement il refera son unité. Car j’imagine mal de nombreux responsables socialistes se départir du dossard PS. D’autant que le Parti socialiste sera LE facteur d’ordre, de stabilité et de protection dans l’instabilité générale, si les socialistes sont capables de s’unir, et de saisir l’histoire. Que nous gagnons ou perdons la présidentielle, le groupe parlementaire PS jouera un rôle déterminant, soit pour faire respecter le programme présidentiel, soit pour protéger de l’absence de programme présidentiel.

Là, nous parlons du PS à la mode Hollande qui n’est pas la ligne du candidat Hamon lequel était un frondeur…

Le PS est resté dans ses clous qui sont ceux du Congrès de Poitiers, c’est à dire une majorité qui allait de Manuel Valls à Martine Aubry en passant par Gérard Collomb (aujourd’hui chez Macron, NDLR). Les cahiers de la présidentielle que nous avons élaborés pour celle-ci sont son ancrage. Mais la présidentielle n’est plus depuis l’introduction de la primaire, la projection mécanique du Parti socialiste ou des partis de gouvernement.

En 1995, Lionel Jospin, vainqueur d’une primaire interne, n’était pas sur la ligne d’Henri Emmanuelli, premier secrétaire. Henri Emmanuelli avec élégance et sens de la famille socialiste a soutenu Lionel Jospin tout en laissant au candidat d’avoir son autonomie durant la présidentielle. En 2007, François Hollande, Premier secrétaire, a fait de même avec Ségolène Royal. En 2012, Martine Aubry, Première secrétaire, avec tact, n’a pas entravé le candidat François Hollande.

Est-ce qu’il faut renoncer à la primaire ouverte qui, au fond, a jeté les Républicains et les socialistes dans le mur ?

Je ne pense pas. Sur ce sujet, on passe rapidement de l’adoration à la détestation. Pourquoi y-a-t-il des primaires ? Parce qu’il n’y a plus de leader incontestable. Pourquoi une primaire à droite ? Parce que Nicolas Sarkozy n’allait pas de soi. Pourquoi en fallait-il une à gauche ? Parce que François Hollande ne s’imposait pas, d’autant moins que son ministre de l’Economie et ancien conseiller se préparait à le quitter. Le temps du général de Gaulle voire de François Mitterrand dominant est révolu. Ce n’est pas prendre en compte la réalité. Hier, on pouvait s’appeler Michel Rocard et s’effacer derrière François Mitterrand. Ou être Chaban-Delmas et s’effacer devant le Général. Aujourd’hui, personne ne veut s’effacer et donc la seule légitimité si on veut rassembler un tant soit peu un camp, c’est toujours la primaire. Soit elle sera organisée, soit elle sera sauvage au 1er tour de la présidentielle comme entre Chirac et Balladur en 1995. De toute façon, nous sommes dans le temps des offres multiples, du multipartisme, des réseaux sociaux et non plus dans celui de la colline inspirée regardant la France au fond des yeux avec l’ORTF. En fait les primaires ne sont pas en soi un bien ou un mal, elles dépendent du contexte.

Si la Vème République est au bout du rouleau, proposez-vous la VIème République et sous quelle forme ?

A mon avis, cette question n’est jamais prise dans le bon sens. La Vème République, c’est évidemment la prééminence de l’exécutif sur le législatif avec un Président incarnant la Nation, sorte de recours ultime. Mais c’est surtout le scrutin uninominal à deux tours qui permet au Président d’avoir une majorité captive à l’Assemblée nationale.

Encore une fois, nous n’avons plus les hommes politiques nous permettant d’incarner ce schéma. Il y a eu les primaires, il y a eu les frondes et il y a aujourd’hui un Président qui sera élu par défaut et une majorité difficilement trouvable. Donc, la proportionnelle s’impose pour retrouver une légitimité et une stabilité. Et le jour où vous avez la proportionnelle avec une prime majoritaire, le Parlement retrouve tout son pouvoir, il rééquilibre le président de la République. Ça peut toujours s’appeler la Vème République mais nous sommes dans une autre forme institutionnelle.
Propos recueillis par Emmanuel Berretta

 

31 Déc

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Voeux 2017 de Jean-Christophe Cambadélis

par

Cette année 2017 sera une année historique, une année importante pour notre bien commun c’est-à-dire la République sociale et bien commun c’est-à-dire la République tout court. Bonne année à vous !

 


« 2017 doit être pour la gauche, l’année de son… par PartiSocialiste

29 Août

Commentaires fermés sur Rassemblement de Colomiers – « L’essentiel c’est la République », Discours de Jean-Christophe Cambadélis

Rassemblement de Colomiers – « L’essentiel c’est la République », Discours de Jean-Christophe Cambadélis

par


Intervention de Jean-Christophe Cambadélis… par PartiSocialiste

 

Retrouvez ci-dessous le discours de Jean-Christophe Cambadelis à l’occasion du rassemblement de Colomiers sur le thème « L’essentiel c’est la République »:

 

Discours de Jean-Christophe CAMBADÉLIS

Premier secrétaire du Parti socialiste

Colomiers, lundi 29 août 2016

Seul le prononcé fait foi

 

 

Cher-e-s camarades, cher-e-s ami-e-s,

Salut !

Salut à la génération République ! Celle qui se lève depuis Colomiers pour dire : L’anti-républicanisme ne passera pas !

Salut républicain, socialiste, écologiste et européen. Salut aux progressistes.

Ce n’est pas un hasard si nous sommes venus chercher ici la force pour affronter les mois à venir et les vents contraires.

L’air columérin nous fait du bien. On l’a senti tout au long de la journée, où nous avons évoqué l’essentiel, la République. Mais, disons-le aussi, l’essentiel dans le socialisme c’est la camaraderie. Alors je vous le dis : je me sens bien ici. Je me sens bien sur cette terre de Colomiers. Je me sens bien, au sein des miens.

Permettez-moi tout d’abord de saluer les socialistes et sympathisants de Haute Garonne !

Merci à toutes et tous pour cette énergie, pour cette force, pour votre accueil. Merci les ami-es !

Merci à Marisol, à Stéphane et à Najat d’avoir participé activement à ce moment important au cœur d’une période cruciale. Merci aux ministres et au premier d’entre eux, merci Manuel. La République, vous la servez au quotidien et dans l’action, pour cela nous vous remercions.

Merci au président de l’Assemblée nationale, cher Claude pour son énergie, son enthousiasme, sa clairvoyance.

Dans les mois qui viennent, nous aurons besoin de l’énergie de tous. Nous aurons besoin de l’engagement de toutes et de tous, élus, militants, sympathisants. Nous aurons besoin de présidents de région comme vous, Carole Delga et Martin Malvy. De présidents de conseil départemental comme Georges Méric. Nous aurons besoin de maires engagés, chère Karine Traval-Michelet. Dans les mois qui viennent, nous aurons besoin d’un élan. Aujourd’hui, cet élan prend forme chez nos parlementaires, cher Bruno, cher Guillaume, mais aussi de tous les responsables du Parti, cher Sébastien Vincini. Nous nous sommes réunis hier et j’ai pu mesurer leur détermination.

Nous devons en prendre soin.

*          *          *

Mes chers camarades,

L’Histoire a fait un retour fracassant dans nos vies. Et nous savons, nous, Socialistes, que l’Histoire est tragique. Vous le savez ici à Colomiers mieux que quiconque, vous qui avez abrité Léon Blum au cœur des ténèbres. Pour faire l’Histoire, mes chers camarades, pour ne pas se faire balloter comme de vulgaires petits bouchons, il ne faut pas se raconter d’histoires. Non, il ne sert à rien de se dissimuler la réalité, alors disons-le sans détours : les valeurs de la République sont en danger.

Oui, quand le poison de la division se répand dans les têtes et dans les cœurs, quand la parole raciste se libère quand la laïcité est entamée, la République est en danger.

Quand la droite décomplexée veut converger avec l’extrême droite apaisée, la République est en danger.

Quand le creuset républicain est à la peine, la République est en danger. Quand la méritocratie recule, quand une partie de notre jeunesse est en mal de lien avec son propre pays, oui, la République est en danger. Quand le peuple pleure ses morts dans des attaques terroristes répétées, la République est en danger.

Il nous faut aujourd’hui avoir cette lucidité historique si l’on veut agir. Alors, oui, les yeux grands ouverts, nous le savons : l’obscurité nous assaille. La peur et la haine s’enroulent dans une spirale mortelle pour notre pays.

Mes chers amis,

Cette année, j’ai participé, tout comme vous, à de nombreuses commémorations. Nous avons célébré les grandes inflexions de notre histoire commune, les grands destins qui ont mené des batailles immenses, pour la justice, pour l’égalité. J’aime ces instants de commémorations qui nous rappellent le sens de notre engagement mais aussi l’importance de la longue durée. Oui, nous avons pensé très fort au Front Populaire et donc à Léon Blum. Nous avons célébré François Mitterrand et donc le tournant de 1981. Et puis, forcés par la séparation, nous avons rendu hommage à Michel Rocard.

Dans une période sans repères, il faut s’appuyer sur ces référents, historiques et politiques. Cela nous permet de reconnaitre la situation dans laquelle nous sommes, erratique et inédite.

Aujourd’hui, à bas bruit, la nation est en proie au doute et la République a du mal à trouver la réplique. Ce qui semblait aller de soi – le respect de différences, la liberté d’expression et le vivre-ensemble – tout cela apparaît fragile. La République a des ennemis mais elle a aussi des ratés, il faut les évoquer, qui plus est en premier, pour ne pas fuir nos responsabilités.

*          *          *

            En France, depuis de trop nombreuses années, le débat public s’est nivelé par le bas. Tout n’est que polémique et écume passagère. Mais, il faut ajouter que ce nivellement du débat par le bas s’est aussi effectué par le milieu. En effet, tout tourne autour des classes moyennes, de leur mal-être légitime et de leurs craintes de déclassement. Il faut le faire, mais quid de ceux qui souffrent d’effacement ? Je veux parler ici non pas de la « France d’en bas » – je n’aime pas cette expression – mais de la France sans voix. De ceux dont on ne parle pas. C’est d’ailleurs le tour le plus incroyable de la société marchande : faire disparaître la misère et la grande pauvreté de l’agora médiatique. Certes, on peut parfois apercevoir les précaires, mais alors ils y sont « mal vus ». On en parle dans la société du spectacle mais que de manière précisément spectaculaire : un hôtel hébergeant des mal-logés qui brûle en plein Paris, un fait divers sordide qui ne fait que confirmer les préjugés sur la dangerosité des pauvres, une émission de télé-réalité qui ne s’intéresse à la souffrance que pour la transformer en audience.

Aujourd’hui dans notre pays, près de 5 millions de personnes vivent avec 50% du niveau de vie médian, c’est-à-dire 760 euros par mois. Mais, la pauvreté n’est pas uniquement monétaire. On est pauvre aussi quand on ne peut pas atteindre certains « standards » de vie, concernant l’alimentation, le logement, l’habillement. C’est ce que l’on appelle la pauvreté d’existence. Si on cumule l’ensemble des citoyens touchés par l’une ou par l’autre forme de pauvreté on arrive à 20% de la population. Il est fort ce chiffre. Mais, honnêtement, il est difficile d’avoir une idée de ce que cela représente. Survivre dans la précarité exige des myriades d’ingéniosités, qui mettent le corps et les nerfs à l’épreuve. Quand on est précaire, on vit littéralement au jour le jour, on ne sait pas de quoi demain sera fait. Ou plutôt si, on sait très bien de quoi demain sera fait : de la même galère.

La précarité ne se limite plus au monde du travail, elle impacte la société toute entière. De fait, la République est confrontée à une véritable désassimilation en son cœur. Or, la République pour être à la hauteur de l’Histoire doit être à la hauteur de ses promesses. Il est plus que temps de retisser les liens, de résoudre les fractures, de refuser les discriminations et de rejeter les ségrégations. Car si la République n’est pas le relais des colères, elle en sera de plus en plus l’objet. Et c’est peut être l’aspect le moins souligné de l’action gouvernementale mon cher Manuel, l’action contre le précariat. Et bien moi je dis au-delà des résultats, que c’est l’honneur de la gauche que d’avoir lutté, continuer à lutter malgré la disette budgétaire, contre le précariat à l’école, dans les quartiers, à la campagne, au travail, là où il n’y en a. On n’est pas de gauche sans lutter pour le lien social et sans lien social, pas de cohésion sociale et sans cohésion, pas de République.

A tous ceux qui doutent de leur gauche, je leur dis « observez le cœur des projets pour la prochaine élection présidentielle ! La droite vous propose au-delà des solutions autoritaires, « une véritable société de riches » alors que la gauche sociale écologiste se bat pour une société solidaire dans un monde ouvert. Le socialisme c’est cela : une société solidaire dans un monde ouvert et la société solidaire, c’est la République jusqu’au bout.

 

Mes chers camarades,

La spécificité de cette période inédite fait que nous devons combattre sur plusieurs fronts. Il faut nous remettre à l’ouvrage pour redéployer la République jusqu’au bout. Mais, il nous faut aussi lutter contre des ennemis redoutables qui veulent, eux, venir à bout de la République.

            *          *          *

Le premier ennemi, c’est Daech. Daech est animé d’une dérive idéologique islamiste, sectaire et mortifère qui a déjà trois opérations de meurtres de masse à son actif. Pour paraphraser Arthur Koestler, le daechisme est « une idéologie malodorante qui classent les individus comme des insectes ». Daech est certes en recul dans son fief – parce que nous les combattons – mais prenons garde à la suite : L’objectif de ces barbares ce n’est pas le daechisme dans un seul pays. Il ne faut pas se méprendre mes chers amis, la menace est durable car elle est profonde. Au jour où je vous parle, forcément, je vous parle entre deux attaques. Cette menace vient de loin. Il ne sert à rien de vouloir la résoudre à un phénomène géographique, à une exception historique ou de tout vouloir rabattre à un déterminant social et économique. Les daechistes recrutent dans tous les milieux, dans tous les pays, dans des contrées sans laïcité, dans des régions sans loi sur le voile, dans des états qui ne bombardent pas leurs bases. Les profils décousus et détraqués dont on parle dans les médias ne sont que les exécutants, mais à la tête des réseaux, les donneurs d’ordre ne sont pas fous. Bien au contraire. Et leur objectif et clair : ils veulent nous rendre fous. Ils veulent la grande séparation. Les massacres sordides qu’ils planifient et qu’ils inspirent cherchent à provoquer chez nous des réactions non pas rationnelles mais émotionnelles. Écho médiatique et chaos politique, voilà le double objectif. Ils l’ont théorisé et l’ont écrit, ils veulent nous pousser à la faute. Chaque attentat est un traquenard. Il faut en être conscient.

Il faut surtout arrêter de les sous-estimer. S’il suffisait de changer le droit pour vaincre, un simple conseiller d’État suffirait pour gouverner.  La droite – vous avez compris que je parle d’elle – est obnubilée et aveuglée par sa primaire. Car enfin, qu’est-ce qu’ils croient chez LR ?

Que des réponses simplistes sont nécessaires pour faire face à un problème complexe ?

Qu’on doit défendre nos valeurs là-bas mais les défaire ici ?

Qu’on ne peut déterrer la hache de guerre qu’en enterrant la Constitution ?

Que nous serions faibles et naïfs ? Mais, la vraie faiblesse c’est de tomber dans le piège tendu par Daech ! Les vrais naïfs, ce sont ceux qui pensent qu’il suffirait de sortir un arsenal de certitudes et de coups de mentons pour vaincre !

Franchement quand je les écoute, je me dis parfois : heureusement qu’ils sont dans l’opposition. Je me dis aussi : décidément, en 2017, un État de droite ne serait pas forcément un état de droit. Ah oui ! C’est sûr qu’en Sarkozie tout irait mieux. Dans ce pays idéal aux solutions miracles, la sécurité absolue régnerait grâce aux approximations, aux exagérations et aux provocations. En Sarkozie, on aura remplacé le droit du sol par le droit du « si » : « vous serez français si vos parents n’ont pas fait cela, si vous faites ceci… ».

Dans cette primaire, on sent que LR va définitivement tourner le dos à ce qui fait la force du gaullisme. J’ai d’ailleurs une pensée pour monsieur Juppé, peut-être le dernier vrai gaulliste mais le premier faux nez de cette droitisation devenue folle, de cette tentation autoritaire qui règne dans cette primaire sécuritaire. On n’a pas vraiment l’impression qu’ils cherchent un candidat à la fonction suprême avec cette primaire, mais plutôt le prochain ministre de l’Intérieur ! Nicolas Sarkozy est l’homme de la droitisation. Il a abaissé les frontières de la droite classique et de l’extrême droite par son discours de Grenoble. Il propose aujourd’hui une nouvelle frontière à la droite et l’extrême droite. Alain Juppé c’est l’homme sans frontière, l’homme sans situation. Il n’est fort que du rejet de la gauche, de la droitisation, mais il est prisonnier de celle-ci.

 

Mes amis, ne laissez plus jamais dire que nous sommes faibles, car pendant que la droite s’agite, la gauche agit. Et nous sommes aussi capables d’accepter la critique contre les supposés de notre politique de défense et de sécurité. Mais, on ne peut pas accepter l’inacceptable, que la défense de la nation se fasse aux dépends de la République, car elles sont inséparables. On ne peut pas accepter que le chaos des polémiques fasse obstacle à la sécurité des Français.

Mes chers amis,

La vraie République n’est rien sans véritables républicains. « Républicain », ce n’est pas un qualificatif, c’est une qualité. Être républicain, ce n’est pas une étiquette, c’est une éthique. Cela ne se décrète pas, cela s’éprouve au jour le jour. Pour être fidèle à République, il ne suffit pas d’en emprunter le nom, il faut aussi être capable d’en défendre le cœur et donc de dire « non » notamment aux héritiers de la révolution nationale. Nous en sommes loin aujourd’hui, très loin, car la droite a les mains moites. La droite sent le souffle du Front national sur sa nuque.

*          *          *

Le Front national. Parlons-en, lui qui ne parle plus. Il poursuit sa stratégie de dédiabolisation et il en déploie l’étape suivante, celle de l’angélisation. Voici donc le Front National sans le père : pesé, paisible et apaisé. En somme pépère. Voici Le Pen calme. Cela fait bizarre, c’est même assez difficile à prononcer… On a du mal à y croire. Et on a bien raison.  Ce parti veut répondre aux nouvelles menaces avec des vieux démons. Ainsi, Madame Le Pen n’a toujours pas dénoncé ceux qui l’entourent et qui, pour sauver la patrie, ne pensent pas à Valmy mais à Vichy.

Quoi qu’il en soit, Madame le Pen se tait. Et pour cause : elle n’a pas forcément besoin de parler, les candidats à la primaire de la droite sont pour elle autant de porte-paroles.

            Madame Le Pen n’est malheureusement pas une exception. Elle est le symptôme d’une lame de fond autoritaire et xénophobe à l’échelle mondiale. Au-delà du décentrage géographique du monde, de l’occident vers le pacifique, nous assistons au décentrage politique du monde, de la démocratie vers l’autoritarisme. Des pouvoirs autoritaires se sont installés un peu partout. En Russie, où Poutine règne dans une sorte de « démocrature ». En Turquie, où Erdogan n’en finit plus de recouvrir le kémalisme de l’islamisme le plus intransigeant. Et aux États-Unis, Trump, ce clown dangereux, veut incarner une Amérique effrayante, anti-intellectuelle, antimoderne. Plus proche de nous, en Pologne, en Slovaquie, en Tchéquie et en Hongrie, les populistes font reculer les droits. Oui, mes chers amis, voici un ennemi redoutable : voici venir l’internationale nationaliste plus ou moins xénophobe et quand elle fait plus de 10% dans les sondages en Allemagne, on se dit que l’Histoire recommence.

*          *          *

 

Mes chers camarades,

Des accents antiparlementaristes et antidémocratiques, on ne les entend malheureusement pas seulement chez les populistes xénophobes européens, pas seulement à droite. On les entend aussi ici, en France, dans l’ultra gauche. Non, il ne faut pas être dupe sur cette autre attaque qui est menée sur notre gauche. Ceux qui crient « tout le monde déteste la police », eh bien ils détestent la démocratie.  Avec eux, le débat est interdit, ils veulent empêcher nos meetings, ils voudraient même dissoudre le Parti socialiste ! Et pour tout dire, la gauche !

Avec assurance, avec passion, les membres de l’ultragauche balancent des pavés du haut de leur tour d’ivoire, coupés de l’Histoire. Ils se comportent comme des « politiciens routiniers », coupés du rapport de forces. En fait, l’ultragauche ne refait pas le monde avec des « si » mais avec des « comme si ». Elle fait comme si la gauche dominait culturellement dans notre pays. Comme si la fragmentation de la gauche n’avait aucune conséquence pour la France. Comme si l’Europe n’était pas en voie de dissolution. Comme si la bête immonde ne venait pas d’accoucher à nouveau, cette fois de jumeaux, nationaliste et daechiste.

*          *          *

Voilà mes chers amis, le moment que nous traversons, voilà comment l’Histoire est en train de se déployer. Une cohésion sociale vacillante, une menace islamiste inédite, une droite aux mains moites, une internationale nationaliste et donc oui, une République en danger.

Mais, mes camarades, quand un progressiste voit quelque chose qui l’inquiète et le révolte, eh bien il agit ! A nous de nous engager. A nous de faire de la politique. La politique, qu’est-ce que c’est ? C’est au fond répondre à une question centrale : qu’est-ce qui tient la société ensemble ?

Ce sera la question centrale de 2017. Comment faire tenir la France ensemble, comment lui redonner confiance dans son génie ? La réponse, elle est là, nous la connaissons : c’est la République. La République est tout à la fois la réponse, la riposte et le remède.

Oui, cette année nous avons célébré 1936 et 1981. Mais nos pensées remontent souvent à cette longue chaîne qui nous relie à 1789, à cette Révolution qui a enfanté la République. Dans ce moment lumineux, sous l’étendard de la liberté, le peuple a conquis sa souveraineté. Et puis la République s’éclipsa pour réapparaitre en 1848, redonnant espoir à la raison. Et il y eut 1870, et une fois de plus la République sut redresser la nation.

La République est ce cri universel lancé en 1789, qui résonne encore dans nos cœurs et qui inspire sans relâche les peuples du monde entier qui aspirent à la liberté. La République est cette idée devenue nation, ce régime providentiel qui porte la France, qui lui donne une influence supérieure à sa puissance. Pour paraphraser Jaurès, disons que sans la République, la France est vide, la France n’est plus la France.

Aujourd’hui, l’esprit républicain est menacé. Il faut donc renforcer le triptyque républicain : Liberté, Égalité, Fraternité, ces trois belles marches qui mènent à l’émancipation et au progrès. La liberté, c’est le droit à la propriété de soi. La liberté ce n’est pas le règne du caprice sans loi, c’est un pacte social. La liberté individuelle ne fonctionne que si la maitrise du destin collectif est possible. La liberté doit donc être ordonnée.

L’égalité, ensuite. Au fond, mes amis pourquoi sommes-nous socialistes ? Pourquoi sommes-nous progressistes ? Pourquoi sommes-nous réunis aujourd’hui ? Mais, pour défendre notre idéal, pardi ! Pour défendre l’idéal égalitaire contre la dérive identitaire ! L’égalité, mes amis, c’est le moteur de la cohésion nationale ! L’égalité réelle, c’est le cœur même de la République, et voilà pourquoi la question du précariat devra être au centre du prochain quinquennat !

La fraternité enfin. La fraternité est une valeur d’une toute autre nature que ses deux grandes sœurs. Elle n’a pas de base juridique, elle n’est pas un droit, elle n’appelle aucunes obligations. Le défi de la fraternité aujourd’hui c’est de lutter contrer les effets de l’individualisme consumériste sans replonger dans les errements connus des communautés avilissantes. La fraternité ne peut pas être réservées à ceux qui pensent et prient pareil, au contraire. La fraternité, c’est ce qui rend la « France universelle » pour reprendre la sublime formule de Sofiane Oumiha, notre nouveau champion olympique. Pour cela, la fraternité doit être laïque. Un mot ici sur la laïcité. Mes amis, nous ne pensons pas qu’il faut abandonner la République pour mener la guerre. Mais, nous ne pensons pas qu’il faut abandonner la laïcité pour avoir la paix. Nous ne pensons pas non plus que la fraternité s’impose en remettant en cause et la liberté et l’égalité.

*          *          *

Mes chers amis,

Liberté ordonnée, égalité réelle et fraternité laïque : Ces trois valeurs réactualisées sont le fondement de notre République revivifiée. Elles sont aussi la base du rassemblement populaire à vocation majoritaire qui pourra la défendre. Oui, l’année prochaine, il ne s’agira pas simplement de défendre un bilan, qui d’ailleurs s’améliore sans cesse à mesure que l’échéance approche. Non, il ne s’agira pas seulement de défendre un bilan, mais de défendre un héritage, l’héritage républicain.

La République voilà l’enjeu du combat. La droite prépare un mélange explosif pour la République, fait d’austérité et d’autorité. Elle nous explique qu’il faudrait sacrifier le modèle social pour sauver l’économie et sacrifier la République pour sauver la patrie. Elle est prête à mettre en péril l’âme même de la République, à remettre en cause le cœur du droit : les droits de l’homme. Eh non, ce n’est pas une argutie, c’est une conquête ! Une conquête ineffaçable pour l’individu, pour la démocratie, contre l’arbitraire de l’État monarchique et contre les asservissements théologiques.

Dans cette période, il faut parler clairement : Telle qu’elle est, la droite ne peut pas être une alternative. Un pouvoir instable et impulsif, c’est la dernière chose dont la France a besoin. L’année prochaine, le choix sera crucial : soit la France choisit l’état de droit, soit elle se délitera.

Nous savons de quoi la France a besoin, car le Président de la République en fait la démonstration au quotidien. La main du Président ne tremble pas dans cette période trouble. Le Président de la République incarne la détermination de la nation, un Etat de droit sans état d’âme contre la barbarie. Il sait aussi que la France n’est pas un peuple sans Histoire mais que le peuple français sera toujours du côté de la République si elle sait se réinventer. Alors, oui, aujourd’hui, nous pouvons être fiers que le Président de la République soit issu de nos rangs. Nous sommes fiers car François Hollande rend un grand service à la République et à la France.

Oui, les Français sont attachés à la République. Et ceux qui pensent qu’ils auront leurs scrutins en la sacrifiant se trompent lourdement. Les Français aiment la République, car elle est le régime qui les divise le moins. Ainsi, ne nous trompons pas nous-mêmes : les Français veulent l’unité, ils veulent l’expérience mais pas l’expérimentation. Ils veulent la République, cette œuvre politique de justice et de concorde. Et je le dis ici devant vous : celui qui sera le garant de la République, de l’État de droit, celui qui sera le garant de l’union, oui, il sera le gagnant de l’élection !

Les Français ne veulent pas que nos valeurs soient seulement des concepts. Ils ont raison : Nos valeurs sont des pressantes obligations. Les Français ne veulent pas d’une petite France, tournée vers le passé, gouvernée par la peur, divisée en son cœur. Les Français veulent une République bienveillante. Ils veulent une société décente, une société du juste équilibre, la croissance sans épuisement des ressources, le débat sans division et la tolérance sans naïveté. Ils veulent une France européenne, soucieuse de la planète, ouverte au monde et à l’avenir. C’est un point central. La France n’a pas un problème avec son passé, avec ses racines. La France a un problème avec l’avenir. Voilà donc l’objectif de cette campagne : Redonner à la France son élan, elle qui doute d’elle-même et qui redoute l’avenir. Il faut donc faire l’éloge de cette France qui réussit, de cette France qui avance. Il faut mettre à l’ordre du jour la France qui gagne, qui imagine, qui entreprend. Voilà pourquoi le triptyque de notre combat à venir est si déterminant. Surmonter le pessimisme français en démontrant qu’avec la gauche, on obtient des résultats. Juguler le risque de délitement républicain. Promouvoir une France qui gagne avec une gauche qui après avoir redressé, va maintenant faire progresser et protéger.

Le pessimisme est le fumier sur lequel rien ne pousse à part les populismes. Si la France ne sort pas de cette culture du pessimisme, l’élection se fera sur le terrain des marchands de peur et livrera notre pays aux managers de la terreur. Et ceux qui vous disent que la République est déliquescente, sachez qu’ils veulent y mettre autre chose à la place : le nationalisme étriqué ou la religion dévoyée !

*          *          *

 

Mes chers camarades,

Nous savons que l’Histoire est tragique. Nous savons aussi qu’elle est politique. Nous savons que jamais notre combat ne s’arrête. Car dès que nous cessons un instant d’être vigilant, nos adversaires progressent.

Pour être fidèle à notre tâche, nous les partageux, nous devons assumer un nouveau défi : Faire partager les valeurs de la République. Nous qui tenons tant à l’idée de redistribution, il nous faut nous atteler à la redistribution de l’attachement à la République dans notre pays.

Comme les Français, j’aime La République, cette magnifique ambition. J’aime la République car j’ai la passion de la France et je sais que c’est dans la République que la France se fait chair. J’aime la République, car c’est elle qui donne confiance dans la France.

La confiance dans la France, voilà ce que nous devons incarner !

Alors, mes amis, faisons donc entrer la lucidité dans notre combat politique, soyons optimistes ! Soyons combatifs ! Debout ! Oui, debout ! Car on ne transige pas sur l’essentiel ! Debout la génération République ! Debout la bataille de France commence, elle a un joli nom : la République.

Vive la République, vive les socialistes et vive la France !

 

Jean-Christophe Cambadélis

Premier secrétaire du Parti socialiste

 

 

05 Avr

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L’invité de Mardi Politique sur RFI en partenariat avec France 24 et Libération

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Mardi politique 05042016

Jean-Christophe Cambadélis était l’invité de Mardi Politique sur RFI en partenariat avec France 24 et Libération.

Il a répondu aux questions d’Anissa El Jabri, Roselyne Febvre et Lilian Alemagna.

 

Retrouvez ci-dessous ses principales déclarations ainsi que les vidéos de l’interview:


Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire… par rfi


Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire… par rfi

 

Vivre ensemble:

« Le vivre ensemble, la société décente, l’égalité réelle, la liberté ordonnée doivent donner sens à une société éclatée.

La bataille pour la société décente et le rassemblement de tout le monde dans la République sont importants.

Le vivre ensemble est une bataille car certains veulent la grande séparation.

La question de l’identité prenant le pas sur la question de l’égalité ça fait longtemps que je la vois arriver.

Il y a dans notre société des forces économiques et identitaires qui visent à briser le vivre ensemble.

Dire qu’il y a une centaine de Molenbeek en France est une erreur d’analyse même si j’ai compris ce que voulait dire Patrick Kanner.

La gauche a toujours fait passer l’égalité avant l’identité. Nous ne concevons pas les relations sociales à travers le seul prisme identitaire.

La gauche a mené une vraie bataille dans les quartiers, une bataille sociale et laïque assurément. La gauche n’a pas déserté les quartiers. La droite elle, a montré beaucoup de mots mais pas beaucoup de faits. »

Sur la question du voile:

«Moi je suis pour l’égalité, donc je comprends parfaitement que l’on puisse estimer et que l’on estime que les femmes sont enfermées et réduites à une situation secondaire par les fichus qu’on leur fait porter. Par ailleurs, il n’y a pas d’interdiction, et chacun a le droit de vivre comme il l’entend. Et je dirais que dans ce domaine, je serais assez proche de ce qu’a dit Alain Juppé : il faut être respectueux de la diversité.

Ces questions se heurtent à des décisions constitutionnelles. On s’adresse à des gens qui ne sont pas des adolescents, qui sont des adultes, et la Constitution garantit la liberté. (…) Nous sommes passés du :’il est interdit d’interdire’ à ‘il faut interdire’. Voilà le retournement culturel si on veut en trouver un.

C’est une question, c’est récurrent, et ça continuera à se déployer dans la société française, parce qu’il y a quatre millions de musulmans, et on peut leur demander de se planquer derrière les barricades ou les portes, ils sont là, ils vivent, ils ont des éléments culturelles ou cultuels (…). Il faudra bien prendre ceci en compte.»

Nuit debout:

« Je me félicite de ce printemps de la re-politisation. Ce mouvement, cette expression, donnera ce qu’elle doit donner. Nous verrons bien ».

Primaire à gauche:

« Nous sommes la 1ère force de gauche. (…) Nous lancerons le 13 avril l’alliance populaire qui sera déployée sur tout le territoire.

Le Parti socialiste n’est pas cet ennemi de la primaire que l’on a pu décrire.
Je pense qu’une primaire de toute la gauche peut rassembler l’ensemble des forces de gauche.

La primaire est voulue par certains comme une purification idéologique et non pas comme une reconstruction politique. Je ne désespère pas de convaincre les uns ou les autres.

A force de dire qu’on ne veut pas d’une fausse gauche, on va avoir une vraie droite. Je ne mâchouille pas les désaccords, j’essaie de faire en sorte que la gauche se rassemble.

Il faut créer les conditions pour être présents au 2e tour de l’élection présidentielle. C’est pour cela que nous lançons l’alliance populaire.

Je suis pour une primaire en décembre / janvier. Il faut trouver un calendrier où il n’est pas impossible que le Président se lance dans la bataille.

Je ne souhaite pas qu’il y ait 10 candidats du Parti socialiste ce serait un émiettement. Je suis personnellement favorable à ce qu’il y ait qu’un seul candidat.

J’entends bien qu’au sein du Parti socialiste il y ait des oppositions, on peut regarder ça, mais voir quatre candidats de la minorité du PS, je n’arrive pas à comprendre. »

Panama Papers :
« Je constate simplement que Nicolas Sarkozy avait fait retirer le Panama de la liste noire.

Sur l’évasion fiscale : « J’ai beaucoup de mépris pour cela »

Au Front national, ils se disent hors système mais pas offshore !

Après le financement via les  banques de Poutine, l’argent planqué au Panama, ça commence à fait beaucoup !

Accueil des lanceurs d’alerte « Je crois que c’est un dispositif que l’Europe s’honorerait d’adopter, pas seulement la France. »

04 Jan

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L’invité d’Arlette Chabot sur LCI

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LCI 04012016

Jean-Christophe Cambadélis était ce matin l’invité politique d’Arlette Chabot sur LCI.

 

Retrouvez ci-dessous la vidéo de l’interview ainsi que ses principales déclarations:

 

Je suis d’accord avec l’orientation du Président de la République. Il faut combattre l’EI par la coalition et le terrorisme par la cohésion.

Le président préconise des mesures pour combattre le terrorisme et rassembler les Français. Moi, vous me trouverez toujours aux côtés des Français pour la défense de leur sécurité, quand ces questions seront posées, en sachant que, je le ferai dans le respect du droit, des valeurs et de l’efficacité.

L’état d’urgence est indiscutable la déchéance de la nationalité est discutable. Discutable parce que ce n’est pas une valeur ou un principe ou une proposition qui vient de la gauche. Mais ce n’est pas indigne, parce que c’est déjà dans notre code civil (…).

Il faut dans ce débat raison garder. J’appelle la gauche et les socialistes à prendre de la hauteur vis-à-vis de ce débat. Je les appelle à discuter, à se respecter. Il n’y a pas les enfants de Pétain d’un côté et les protecteurs des terroristes de l’autre.  Il y a simplement des hommes et des femmes, des parlementaires, puisque c’est eux qui vont travailler sur le sujet, qui ont à trouver une solution pour rassembler l’ensemble des Français sur leur sécurité.

La discussion doit se mener. Je m’inscris dans le débat parlementaire. (…) Il y a plusieurs pistes, l’indignité nationale, la déchéance des droits civiques. Sur la déchéance de nationalité dont je vous ai dit ce que j’en pensais, il y a l’ouverture à tous les Français. Il y a à discuter à partir de l’orientation fixée.
A l’avenir il faut que les socialistes portent la bataille du droit du sol dans l’article 34 de la constitution car j’ai peur que petit à petit on en vienne à remettre en cause le droit du sol.

Dans l’esprit de concorde nationale, nous débattrons  sur la déchéance de la nationalité dès le 18 janvier, après les commémorations.
La droite aujourd’hui est dans le flou. Elle ne dit pas ce qu’elle veut. Elle est aujourd’hui dans l’hésitation par rapport à la réponse que l’on doit porter à ce problème récurrent et important, qui est la sécurité des Français face au terrorisme.
Alain Juppé c’est la vieille droite qui a les mêmes réflexes depuis tous temps quand on veut être en capacité de protéger les Français ; pour lui c’est un coup politique.

La déchéance de la nationalité n’est pas une idée de gauche. Le Président a choisi cette voie pour ouvrir la possibilité de l’union nationale car la droite fait ce préalable pour voter la réforme constitutionnelle. Donc le président de la République a choisi la formule a minima, qui est celle du Conseil d’Etat mais qui finit par poser plus de problèmes qu’en résoudre. C’est une piste qui est posée aux socialistes, à l’ensemble de la gauche, à savoir si l’union nationale vaut ce type de mesure. Sinon, quel type de mesure nous pouvons mettre en place pour garantir la cohésion nationale.

2016: Il faudra combattre le chômage, nous n’y sommes pas encore, même s’il y a ici ou là des chiffres qui sont positifs, même si la croissance est plus importante que d’aucun le pensaient. Il y a aussi le volet de la lutte contre la précarité auquel je tiens et nous ferons des propositions au cours du mois de janvier sur ce sujet, pour tous les gens qui sont déclassés et hors de notre système aujourd’hui. Et puis, il y a la dimension politique : rassembler l’ensemble de la gauche.

 

 

21 Nov

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Détermination ! Sang-froid ! Rassemblement dans la dignité !

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Capture d’écran 2015-11-21 à 17.49.02

Jean-Christophe Cambadélis a adressé une lettre aux militants socialistes que vous pouvez retrouver en cliquant ici ou lire ci-dessous:

Paris, le 19 novembre 2015

                                                    

Cher-es ami-es,

Chers compagnons de l’unité,

Cher-es camarades,

La Marseillaise a retenti, lundi 16 novembre 2015, dans la salle du Congrès au Palais de Versailles, chantée par toutes les représentantes et représentants de la nation. Elle a fait écho au discours du Président de la République qui incarnait la France dans l’épreuve.

Ce fut là, la Concorde nationale pour la défense de la République, ses valeurs, sa laïcité, son vivre ensemble.

La France est rentrée en résistance face à une armée terroriste se réclamant d’une vision fanatisée de l’Islam.

La France, fidèle à son message des Lumières, a dans un même élan décidé :

Ils ne passeront pas !

L’assassinat de masse perpétué le vendredi 13 novembre annonce un combat vital pour ce que nous sommes. Il annonce des années de sang, des années de guerre. Nul n’en doute maintenant.

Comme l’a réaffirmé le Président de la République, le but de la guerre n’est pas le conflit de civilisations, mais la destruction de Daech, pour que vive la coexistence pacifique des civilisations.

La France a été durement frappée dans sa chair et dans ses valeurs. La France se doit de répondre avec ampleur.

La représentation nationale réunie en Congrès a fait bloc. Le Président de la République, conformément à notre constitution, a délivré son message à la nation.

Cher-es ami-es,

Il nous faut d’abord être auprès des familles endeuillées et accompagner les blessés. Nous partageons tous leur souffrance, tout comme nous ressentons la peine, la colère, la peur de tous nos concitoyens.

Il s’agit de mener une guerre totale en ne perdant jamais de vue le but : détruire Daech et son jihad global nihiliste.

La France a bombardé Raqqa, capitale de l’armée terroriste et continuera de frapper les infrastructures de commandement et d’entraînement là où il le faut. La France veut continuer à le faire dans un cadre international légal, avec les puissances qui partagent ses objectifs.

La France proposera une résolution aux Nations-Unies, demandera la cohérence européenne et une seule coalition pour se battre contre Daech.

Toutes les nations du monde, quelle que soit leur philosophie ou leur religion, sont devant leurs responsabilités : « aucun soutien à Daech, un isolement mondial, une destruction totale ».

En France, nous mènerons une lutte sans relâche contre la propagande terroriste, partout où les sergents recruteurs de la haine exercent leurs talents pour les ténèbres.

Ensuite, il s’agira d’assurer à nos concitoyens la sécurité maximale, c’est essentiel. La mise en place de l’état d’urgence, le rétablissement des contrôles aux frontières et le déploiement de 3000 soldats, l’augmentation des moyens pour l’administration, les services judiciaires et les douanes, sont des décisions exceptionnelles mais indispensables. Ces mesures permettront d’accélérer considérablement le travail d’enquête et de renforcer sensiblement nos défenses. Les modifications du cadre constitutionnel et législatif seront nécessaires pour être à la hauteur de l’évènement.

Enfin, troisième dimension de notre riposte, il faut assurer la Concorde nationale.

Celle-ci va au-delà de la simple unité nationale. Il ne s’agit pas de l’affaire des seuls partis, même si chacun comprendra qu’il faut être uni. Il s’agit du peuple de France tout entier, dans sa diversité. Il s’agit de mettre toutes et tous sous la protection nationale. Il s’agit de faire échec à l’objectif stratégique de Daech : transformer l’agression en guerre de religion.

Des compatriotes musulmans ont été tués et blessés comme tous les Français parce que Français.

Pourtant, les réseaux sociaux se sont remplis de haine et des exactions contre les mosquées ont été perpétrées. Elles ne sont pas acceptables au nom de la République et du combat contre Daech.

Cher-es ami-es, l’état d’urgence va être prolongé.

Dans les mois qui viennent, il va falloir être des citoyens d’urgence mais aussi des militants d’urgence, sachant adopter le bon comportement, portant les bons arguments. Sachons-le, nos concitoyens nous regardent, ils attendent de nous des réponses et que le gouvernement issu de nos rangs agisse, sans se précipiter et sans trembler.

Dans ce moment si difficile, si pesant, il faudra de la détermination.

Le Parti socialiste est déterminé. Il est déterminé car il doit assumer son rôle démocratique essentiel pour éclairer les débats et orienter les décisions. Le Parti socialiste est déterminé à soutenir tous les efforts des autorités françaises pour détruire Daech. Le Parti socialiste est déterminé à défendre nos valeurs et notre mode de vie, donc déterminé à défendre la Concorde nationale car c’est la meilleure résistance contre la barbarie, le meilleur antidote contre la haine.

La campagne électorale va reprendre ses droits lundi avec le début de la campagne officielle et la guerre pèsera sur les débats. Ce n’est pas seulement normal, c’est décisif.

Le Parti socialiste lance un appel : « Aux urnes les citoyens ». C’est une autre manière de combattre en montrant un peuple debout. Voter c’est démontrer que la démocratie est plus forte que la terreur.

Dans cette campagne, il faudra défendre l’intérêt général et déployer une attitude républicaine rassemblée, être le pôle de stabilité, d’unité et le cœur de la lutte.

Nous défendrons les décisions de la France au combat. Nous plaiderons sans relâche pour l’unité, pour que vivent la liberté, l’égalité et la fraternité.

Nous serons au niveau national, comme au niveau local, le Parti de la Concorde nationale pour que vivent la République et le vivre ensemble.

Nous refusons ceux qui veulent nous diviser en instillant le poison de la suspicion.

De nombreuses questions vont être abordées. Non seulement nous y répondrons et nous allons lancer un débat national : le dialogue dans la dignité et le rassemblement. Nous irons au devant des Français dans des cafés débats, sur les marchés pour répondre à leurs questions et plaider sans relâche pour l’union.

Nous regrettons qu’une droite divisée hésite entre l’union nationale et rupture nationale. Mais nous ne polémiquerons pas. L’extrême droite elle, fidèle à sa nature, tentera de faire de l’élection un référendum contre les musulmans… Nous répondrons sans ambiguïté.

La chasse aux musulmans c’est affaiblir la France et insécuriser les Français. Nous devons aux Français la Concorde nationale, pas la guerre civile.

« Nous sommes tous Français », « Nous aimons la vie en France », « Nous voulons protéger le vivre ensemble ». « Toute autre querelle est subalterne et affaiblit la République ». « Nous écoutons les avis, les propositions, nous les reprenons dans un esprit d’efficacité et d’union ». « Mais nous ne polémiquerons pas. Si la vie continue et elle continuera, si le débat reste libre et il le restera, nous refusons de donner le spectacle de chamailleries alors que la France est dans la peine et le combat ». « L’unité fait notre force et le sang-froid notre dignité ».

Et nous ne ferons pas croire que les régions puissent régler le conflit en cours. Mais en faisant vivre le vivre ensemble, et en en faisant une priorité budgétaire, nous avons conscience de participer à le régler.

Enfin, nous dirons notre fierté de l’action ferme, rassembleuse du Président de la République qui, dans cette nouvelle épreuve, a non seulement eu les mots justes mais les décisions justes.

Je suis persuadé que notre formation politique saura faire face, comme le débat au bureau national extraordinaire l’a démontré, dans l’unité, dans la discussion fraternelle, dans la volonté de se battre sur notre triptyque commun : la guerre totale contre Daech, la sécurité maximale pour les Français, la Concorde nationale.

Au-delà de la compétition de premier tour que nous avons toujours combattue, nous ne serons pas seuls. Il faut noter que, Cécile Duflot, dans une intervention remarquée au Congrès ou Emmanuelle Cosse et Pierre Laurent devant le Président de la République le 15 novembre dernier, sans oublier les représentants communistes au Parlement, Eliane Assassi, André Chassaigne et Corinne Bouchoux pour le groupe écologiste au Sénat, tous ont déclaré leur accord global avec les mesures énoncées par le Président. Ce qui était déjà en cours, à savoir l’alliance de second tour va s’accentuer. Les Français sont dignes, rassemblés et courageux, prenons exemple sur eux.

Voilà, cher-es ami-es, cher-es camarades, les conditions d’une fin de campagne dont l’organisation sera tout à la fois perturbée et politiquement réévaluée au regard de l’Histoire.

Amitiés socialistes,

Jean-Christophe Cambadélis

Premier secrétaire du Parti socialiste