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19 Mai

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Tribune dans Marianne: Vive le (vrai) clivage gauche-droite !

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Jean-François-Kahn

Jean-Christophe Cambadélis publie dans Marianne un texte sur le dernier livre de Jean-François Kahn:

Vive le (vrai) clivage gauche-droite !
Par Jean-Christophe Cambadélis (*)

Il dévoile, il dessille, il déconstruit, il agace, il déglace, il déroute voire déçoit, mais le dernier opus de Jean-François Kahn ne laisse pas indifférent. Tendance « Barbudos » un peu léniniste, style « la catastrophe imminente et les moyens de la conjurer » ; un peu François Léotard et son « ça va mal finir ». Ce catéchisme du salut public est un cri, un jet, que dis-je, un pavé dans la mare aux idées convenues.

Bien sûr le style pamphlétaire de Jean-François Kahn n’est plus à démontrer et l’homme de l’extrême centre s’en donne à cœur joie.

Il y a de très bonnes choses, par exemple la critique de la Ve République qui commence et referme l’ouvrage. Encore que dire que le Parlement n’est plus que l’expression d’un seul corps, celui de « parlementaire », n’est pas de la meilleure veine. Mais qu’importe ! La Ve République a imposé un parlement croupion. Et nos institutions, solides parce que bonapartistes, ne sont plus adaptées aux Français d’aujourd’hui dans la France d’aujourd’hui, pour paraphraser le général de Gaulle.

Bienvenue ensuite la critique du binarisme développée, certes, en trois chapitres. Cela fait un peu beaucoup pour appeler à une pensée dialectique. Le binarisme qui fige le débat politique est le produit tout à la fois de la Ve République et la réduction campiste du débat médiatique.

Mais passée la joie de la déconstruction, cela se gâte un peu. Le thème central du livre se trouve page 115 dans un paragraphe dont l’auteur avouera qu’il laisse perplexe : « La société qu’il s’agit de construire est celle dont l’activité, et la complémentarité des parties de l’ensemble des parties, concourent à l’équilibre du tout ». Typiquement kahnien certes ! Mais, si le but de la société, c’est l’intérêt général, franchement, Kahn ne va pas fâcher grand monde. Comme cette idée de « centraliser l’humain »… Quelle politique a décidé de le mettre à la marge ?

Pour le reste, la critique du Front de gauche, qui qualifie de scandaleusement coupable toute volonté de réduire la dette, ou celle des hauts salaires, un urbanisme qui induit la centralité de l’humain, l’argent à sa place, ou une croissance qui imagine et développe les tiers secteurs… Tout cela ne va pas ébouriffer les programmes politiques ou renouveler la science politique. Plus sérieuse et consistante, la charge pour la fin du bicampisme, le dépassement du clivage gauche-droite.

Pour Jean-François Kahn, on ne peut plus continuer comme cela : « Avec une UMP aux mains de ce qui humainement se fait de pire et un PS qui devrait décemment se dessouder […]. Il y a urgence sans quoi la France grièvement blessée par le fou, achevée à petit feu par le mou, entraînera dans son naufrage non seulement la droite civilisée mais au-delà l’idée même que les républicains se font de la démocratie. » Met ça sur ton pain, comme disait ma grand-mère. Kahn cite bien la sienne…

Je partage l’idée d’une rénovation-révolution de la gauche, puisque j’ai plaidé pour la troisième gauche. Et il est évident que la droite doit se reformuler après s’être vautrée dans le libéralisme et avoir flirté avec le national-populisme. Mais, si la gauche et la droite ont besoin d’être repensées dans ce siècle, en quoi et pourquoi faudrait-il faire disparaître le clivage gauche-droite et quelle serait la nature de ce gouvernement de salut public ? Là, Kahn est muet, ce qui est fort rare.

Pulvériser le clivage gauche-droite dans la destruction des partis existants – même au nom d’un gouvernement par et pour le peuple -, c’est faire du Front national la seule alternative. C’est, en plus, mettre la charrue avant les bœufs car, sans une nouvelle République et de nouvelles institutions, cela relève du vœu pieux pour un dîner au coin du feu.

C’est aussi réduire la crise française à une technique gouvernementale alors qu’elle est globale, cette crise ! Economique, sociale et morale, donc politique. C’est enfin croire, ou faire mine de croire, que la solution est hexagonale. Car la critique la plus radicale à faire à cet ouvrage, c’est son impensé sur l’Europe. Pas un chapitre, pas une phrase, pas un paragraphe. Soit on récuse l’Europe, alors il faut le dire. Soit on estime que la renaissance européenne est l’avenir de la France, et il faut l’expliquer. Ce trou noir ne permet pas de nous en sortir, car il oublie l’essentiel : la crise européenne est à la Ve République ce que fut la crise algérienne à la IVe. Voilà pourquoi la gauche doit se penser autrement et non s’autodissoudre dans un magma.

Jean-François Kahn a raté l’occasion d’un puissant appel à la rénovation des formations politiques et à la refondation d’un clivage droite-gauche autrement stimulant. Dommage.

(*) Député PS de Paris

01 Oct

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Tribune dans Libération: un autre chemin pour une autre politique en Europe

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Jean-Christophe Cambadélis publie une tribune dans le quotidien Libération, que nous vous proposons de lire ci-dessous ou sur le site du journal.

Le Parlement français se prononcera dans quelques jours sur le Traité européen «sur la stabilité, la coordination et la gouvernance». En cent jours seulement, les engagements de campagne de François Hollande ont été tenus et le travail de conviction du chef de l’Etat auprès de ses partenaires européens a payé. Ce dernier ne voulait pas d’une «règle d’or» inscrite dans la Constitution. Le Conseil constitutionnel lui a donné raison. Le président de la République voulait un Pacte de croissance pour faire contrepoids au Pacte de stabilité. Il l’a arraché au sommet de Bruxelles des 28 et 29 juin. Il revendiquait la création d’une taxe sur les transactions financières. Il l’a obtenue. Il a exigé de mettre la question de la spéculation sur les dettes souveraines des Etats à l’agenda européen. La BCE achètera de manière «illimitée» la dette des pays en difficulté. La France a eu gain de cause : l’intégration solidaire est en marche. La gauche voulait mettre fin au Merkozy. C’est chose faite ! Voilà qui nécessite l’approbation du Traité européen.

Malgré ces résultats – exceptionnels – la fracture est toujours là. Réduire cette fracture, dépasser les traités et apporter des réponses aux réticences croissantes de l’opinion à l’égard de l’évolution de l’Union européenne, telle est, à dix-huit mois des élections européennes, l’une des tâches prioritaires auxquelles doit s’atteler sans attendre le Parti socialiste, pivot de la nouvelle majorité et premier parti de France. Sous peine que la discorde ne s’installe durablement dans la majorité présidentielle et à condition d’accepter l’idée que la crise européenne n’est peut-être ni une crise de l’euro ni même une crise de la dette, mais qu’elle est d’abord et avant tout le reflet de l’échec d’une politique européenne dépourvue de perspectives de croissance durable. Il ne s’agit pas de contester la nécessité de stabiliser la dette. Nul n’ignore la facilité qui conduirait à reporter son coût sur les générations futures. Il s’agit d’opposer une alternative politique aux conservateurs pour qui le renforcement de la discipline fiscale à l’échelle nationale et la mise en place, dans chaque pays, d’une politique d’austérité tiennent lieu de seul viatique au marasme européen. Rétablir la confiance par une baisse du déficit et une réduction des dépenses, en clair rétrécir l’Etat, voilà l’objectif des droites.

Pourtant, à l’examen de l’histoire économique, la succession des plans de rigueur n’a jamais fait un printemps de croissance. Faut-il rappeler que c’est la récession qui a provoqué le déficit et non l’inverse ? Est-il besoin de souligner que si le marché joue bien un rôle majeur dans les progrès de productivité, le niveau de vie n’aurait jamais pu augmenter sans Etat redistributif et sans Etat protecteur ? Le New Deal n’a-t-il pas sorti les USA de la crise de 1929 ? Qui, sinon le système financier, défaillant, a fait appel en 2008 à l’Etat pour éviter sa faillite, une panique des épargnants et l’effondrement du monde industriel ? Comment l’Etat peut-il stimuler l’économie s’il reste concentré sur sa dette ? Comment réduire les déficits quand la demande faiblit et que le chômage augmente au risque d’un accroissement des inégalités ?

Certes, c’est au regard de cet objectif de 3% qu’on évalue aujourd’hui la crédibilité d’un Etat mais la Commission n’est-elle pas en train de créer de toutes pièces une nouvelle crise artificielle ? La rigueur de cet objectif – en France une purge budgétaire de 30 milliards d’euros – n’altère t elle pas la vigueur d’une possible reprise ? Les ménages et les entreprises s’en inquiètent. Un nombre croissant d’économistes aussi. Le problème n’est pas français ou pas seulement français. Il est européen. Tout le monde sait qu’il faut du temps pour réduire les déficits. Tout le monde sait qu’il faut une trajectoire plutôt qu’un objectif absolu de réduction du déficit public. Tout le monde sait que la réduction à 3% du déficit fin 2019 est peu réaliste, alors que la prévision de croissance hier à 1,2, aujourd’hui à 0,8, risque demain d’être quasi nulle et que la zone euro devrait voir son PIB baisser en 2012. Alors est-il de bonne politique de combiner tout à la fois promesses non tenues, tensions sociales, récession avec son cortège de plans sociaux et donc de nouveaux déficits ? Il serait légitime et judicieux que le Parti socialiste, en charge «du rassemblement et de l’élaboration de réponses nouvelles» se saisisse du sujet sans attendre et offre un lieu et un cadre de débats pour la gauche sur l’Europe car c’est à ce niveau qu’il faut porter le débat. Comment réduire les déficits publics sans compromettre les perspectives de croissance et d’emploi ?

Des économistes tels Daniel Cohen, Patrick Arthus ou Philippe Aghion, peu suspects de laxisme, ou encore Joseph Stiglitz et Paul Krugman, prix Nobel, s’élèvent contre «une austérité insensée, contre-productive quand la récession menace». Ils plaident pour que les déficits publics soient systématiquement fixés en termes «structurels», autrement dit «ajustés pour tenir compte de la conjoncture». Comment, dès lors, arrêter des critères d’objectifs budgétaires annuels flexibles ? D’autres, proches de la Banque mondiale, considèrent que la croissance est durablement plus forte dans les pays où la part de l’investissement public dans le PIB est plus élevée. Le FMI lui-même vient de déclarer que certains pays de la zone euro devraient «ralentir» le rythme d’assainissement de leurs finances publiques. Quant à la FED, elle estime que les plans d’austérité demandés à certains Etats européens risquent de «freiner la croissance et de compliquer encore la réduction des déficits».

A l’heure où l’investissement des entreprises recule et où la consommation des ménages ne peut être le seul moteur de croissance, quels peuvent être les contours d’un Pacte productif ? Quels en sont les secteurs d’intervention prioritaires, par exemple ceux de l’innovation et de la transition énergétique ? Quelle mobilisation des financements publics et privés ? Les enjeux deviennent partout les mêmes dans l’Union : chômage de masse, sous-emploi des jeunes et des seniors, dualisme du marché du travail entre emplois stables et précaires, modulation du temps de travail, sécurisation des parcours professionnels, modes de consultation et de négociation avec les salariés et leurs représentants. Un agenda du redressement a été arrêté par le président de la République. Ne revient-il pas aux dirigeants européens et aux forces politiques de l’Union de définir, avec la Confédération européenne des syndicats, un agenda social européen ? Le Parti socialiste doit s’emparer de ces sujets. Peut-on attendre que les faits viennent contredire les objectifs ? N’est-il pas temps de travailler avec les sociaux-démocrates européens à un pacte de croissance continental.

18 Jan

Commentaires fermés sur Agir pour l’égalité réelle implique le refus de toute démagogie

Agir pour l’égalité réelle implique le refus de toute démagogie

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logo LibérationDans le cadre du « Forum Libé » à Grenoble, Jean-Christophe Cambadélis interviendra dans un atelier-débat  » Avec la crise, la gauche peut-elle éviter le populisme ? », avec notamment Pierre Laurent. Libération publie ce jour sa tribune en préparation de ce débat en page Rebonds.

La gauche peut-elle échapper au populisme ? Parce qu’elle a comme le souhaitait Jacques Brel «des rêves à n’en plus finir avec l’envie furieuse d’en réaliser quelques- uns». Et la première des idées populistes ne serait-elle pas l’égalité sociale ? Pour autant le populisme est un concept valise. Peut-on mettre sur le même plan, le péronisme argentin, les décembristes ou Herzen en Russie, Slobodan Milosevic, Hugo Chávez, le Front national français ? La négation de la réalité et la mystique du peuple comme totalité détenant seul la vérité sont des traits communs. Mais le «on doit faire payer les riches» n’est pas équivalent au «rêve» d’une France ethniquement pure. Il ne faut pas tout confondre.

L’hétérophobie, la xénophobie, l’islamophobie ambiante, cette peur de l’autre propre aux sociétés qui se recroquevillent sur elles-mêmes. Le parti pris protestataire à des fins électorales qui est la négation de l’intérêt général nécessaire au «vivre ensemble», ou la démagogie qui est un mensonge de masse promettant ce qu’on ne saurait tenir, utile à ceux pour qui le peuple n’est que du bétail électoral.

Voilà les dangers pour la gauche ! Dans un monde malade de ses promesses non tenues, où les nations semblent ne plus gouverner leur histoire, lorsque les hommes ne maîtrisent plus leur destin, réapparaissent les vieilles peurs, les fantasmes irrationnels. Peur de l’avenir, angoisse de l’inconnu, crainte d’une perte d’identité, nostalgie d’une grandeur évanouie. C’est alors que ces maux peuvent assaillir un peuple en général et la gauche en particulier. Mais si elle y succombe, elle y perd son âme et peut-être même les élections. Si ces trois idées sont présentes, ou parfois diffuses dans les discours, c’est tout simplement que la gauche perd le sens pratique de la transformation progressiste de la société. Il y a dans la seule protestation une démission, un renoncement à un chemin pratique pour transformer vraiment le monde.

La voie est étroite car la gauche française est issue d’une tradition politique qui épousa le siècle industriel pour le nier. Sa culture politique puise ses racines dans la fameuse inscription sur la tombe de Marx tirée de la onzième thèse sur Feuerbach «transformer le monde». Cette culture radicale qui sous-entend souvent lui faire changer de base, peut ouvrir la voie à bien des errements démagogiques.

Il ne s’agit pas pour autant de se résoudre aux injustices du monde. Il faut l’interpréter autrement que ne le souhaite la logique spontanée du capitalisme contemporain. Tenir à distance les dangers de la démagogie, de la protestation ou de la peur de l’autre, sans se subordonner aux exigences des marchés financiers, c’est agir vraiment pour l’égalité réelle.

C’est la «vérité pratique» chère à Dominique Strauss-Kahn et à Martine Aubry qui fait que l’on décide des emplois jeunes ou de la réduction du temps de travail ou encore le refus du démantèlement de la puissance publique – à un moment de croissance forte – alors que le capitalisme libéral exige l’extension du travail, la réduction des protections et la précarisation de la jeunesse au nom d’une compétitivité internationale inatteignable – mais qui pourrait faire accepter à la France les salaires chinois ou indiens, ou l’absence de protection sociale ?

Ce n’est pas faire du pragmatisme, c’est rétablir la politique – promettre que ce que l’on peut tenir, distribuer non des rêves mais réellement ce que l’on a produit comme richesses, réduire vraiment toutes les inégalités en ayant le sens de l’intérêt général. Voilà le maître mot face aux populismes et aux exigences du marché, le socialisme moderne et la république, c’est l’intérêt général. Ni l’adaptation à l’exigence aveugle du marché ni l’illusion d’un volontarisme aveugle sans le marché – mais un réalisme républicain de gauche.

29 Déc

Commentaires fermés sur Tribune de Marylise Lebranchu sur lemonde.fr

Tribune de Marylise Lebranchu sur lemonde.fr

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Marylise Lebranchu, ancienne Ministre de la Justice et Députée du Finistère, a publié une tribune sur lemonde.fr, je vous propose de la lire:

Plainte en diffamation ou intimidation ? par Marylise Lebranchu

Le rapport au droit du ministre Besson a tous les atours de la rationalité. En tant que ministre, il affirme appliquer la loi, qu’il qualifie aussitôt de « républicaine », avec ce que l’on peut deviner d’obéissance zélée et respectueuse. En tant que ministre, il porte plainte contre un opposant politique qui comparait son parcours à celui de l’opportuniste Pierre Laval, devenu chef du gouvernement de Vichy, et « entend, à l’avenir, poursuivre systématiquement en justice tout propos similaire ».

Elargissons tout de suite le propos. Ce double rapport à la loi et à la justice n’est pas, depuis 2007, l’apanage du seul M. Besson au sein de l’exécutif français. Il n’est, en cette matière comme dans d’autres, qu’un pâle reflet de M. Sarkozy. On ne rappellera pas ici les plaintes du président lui-même contre Le Nouvel Observateur, contre un fabricant de tee-shirts d’Albertville, contre Ryanair, contre l’ancien directeur des renseignements généraux (RG) et, bien sûr, dans l’affaire Clearstream.

A constater l’activisme juridique du président de la République, tant en termes de production législative que d’implication procédurière, on y découvre un rapport « décomplexé », selon l’un de ses mots, c’est-à-dire instrumental. La loi comme la plainte ne semblent représenter, aux yeux de l’ancien ministre de l’intérieur, qu’un outil pour mener à bien son action, quelle qu’elle soit. L’Assemblée nationale et le Sénat sont progressivement tournés en simples chambres d’enregistrement pour les lois choisies et écrites par le gouvernement. Les propositions de loi socialistes ne sont même pas débattues. Et lorsqu’un parlementaire de droite se laisse convaincre et vote avec l’opposition, le gouvernement demande un nouveau vote ! Lire la suite…