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01 Sep

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Conférence des présidents d’université – Discours de Jean-Christophe Cambadélis – jeudi 1er septembre 2016

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CPU - 01092016

Discours de Jean-Christophe Cambadélis,

Premier secrétaire du Parti socialiste

Conférence des présidents d’université

Paris, Jeudi 1er septembre 2016

(seul le prononcé fait foi)

 

 

 

 

Mesdames et Messieurs les présidents,

Chers amis,

 

J’en ai mené, des combats, entre ces murs.

Combien de fois j’ai ferraillé, ici et ailleurs, contre l’ordre établi et vos prédécesseurs ? En prenant la parole devant vous, je me sens un peu comme le criminel revenu sur le lieu de son premier crime. Je contemple la scène. Je me remémore les luttes et les joutes. Elles furent souvent épiques. Je vois même siéger parmi vous certains de mes complices de l’époque. L’Histoire se joue parfois de nous pour jouer sa propre partition.

L’Université a beaucoup compté dans ma vie. Je la retrouve donc avec plaisir. Je vous rencontre avec amitié. Merci à Jean-Loup Salzmann de m’avoir invité à parler devant vous de l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche.

 

L’Université a compté dans ma vie, comme elle a toujours compté pour les socialistes. On dit bien qu’à Solférino, les Nanterre font jeu égal avec les Voltaire. Ce n’est pas qu’un bon mot : c’est le signe de la reconnaissance que nous lui portons. C’est la marque de l’importance que nous lui accordons.

Lorsque nous affirmons que l’Université est un lieu d’arrachement à la détermination par le savoir, nous savons de quoi nous parlons.

Lorsque nous la désignons comme un lieu où recule l’assignation à résidence sociale et culturelle, nous savons ce que nous avançons. Si la contestation de l’ordre établi s’est jouée à l’Université, c’est parce qu’elle est le lieu de l’émancipation par excellence. Elle a donc toujours été au cœur du projet socialiste.

Dans les 110 propositions de François Mitterrand, elle avait déjà toute sa place. En un peu plus d’une génération, nous l’avons transformée.

Nous l’avons démocratisée dans son fonctionnement.

Nous l’avons démocratisée en l’ouvrant au plus grand nombre, en diversifiant notamment son offre éducative, en améliorant l’orientation et l’accès.

Nous l’avons ouverte, au monde extérieur, à l’Europe et à l’international. Je ne peux que me réjouir que notre pays soit aujourd’hui le premier pays d’accueil non anglophone des étudiants étrangers.

Nous l’avons confortée dans ses moyens. Les plans n’ont pas manqué. Université 2000, U3M…

Transformer l’université est une affaire de temps long. Il faut de la constance, de la détermination, de la maturation, des valeurs intangibles.

Vous êtes familiers de ce temps : c’est aussi celui de la recherche et de la transmission, de la production du savoir et des apprentissages. Ce n’est pas nécessairement le temps politique. C’est encore moins celui des technocrates.

Or depuis 2012, nous avons été happés par le temps court. Ce que la droite nous a laissé en héritage l’imposait. Des déficits, abyssaux. Des comptes publics, dans un état lamentable. Un appareil productif, en pleine déliquescence. Le moteur France était en train de caler. Nous avons d’abord dû parer au plus urgent.

L’urgence était d’abord budgétaire. Oui, nous avons dû faire des économies. Oui, nous avons dû faire des choix. Mais ces choix n’ont jamais été faits au détriment de l’enseignement supérieur et de la recherche. Depuis le début du quinquennat, nous avons sanctuarisé les moyens qui lui sont consacrés. Les efforts ont été portés par d’autres ministères – celui de l’écologie, celui des finances, en particulier.

La bataille avec Bercy fut parfois rude. La dernière en date, en mai dernier, vous a profondément inquiétés. J’ai partagé cette inquiétude. J’ai exprimé publiquement ma désapprobation, comme vous l’avez fait. Je suis intervenu, plus officieusement, pour que Bercy recule. Quand on fait de l’école le premier sujet, le premier projet et le premier budget du quinquennat, on ne touche pas aux financements de l’enseignement supérieur et à la recherche. C’est une question de cohérence. L’un ne va pas sans l’autre. Et Bercy a reculé.

 

L’urgence, c’était aussi le sort des étudiants, qu’il fallait améliorer au plus vite. Nul ne l’ignore ici : leurs conditions de vie sont déterminantes dans la réussite de leurs études. Lorsque 45% des étudiants sont contraints de travailler pour financer leur formation, comme peuvent-il lui consacrer le temps nécessaire ?

Nous avons donc investi 400 millions d’euros pour revaloriser les bourses sur critères sociaux et créer deux nouveaux échelons. Les plus modestes ont vu leurs aides augmenter de 15%. Désormais, un étudiant sur quatre bénéficie d’une bourse.

Nous avons massivement investi dans la construction de logements étudiants : d’ici la fin du quinquennat, le parc immobilier du CROUS aura augmenté de 25%. 40 000 logements supplémentaires seront sortis de terre. Pour ceux qui vivent dans le parc immobilier privé, nous avons mis en place une caution locative universelle. C’est apporter à chacun davantage de sérénité.

Je pourrais encore évoquer le gel des droits d’inscription, la création du statut d’étudiant entrepreneur, la réglementation des stages. Je pourrais parler de notre mobilisation pour que les crédits consacrés par l’Union européenne au projet Erasmus soient en progression – il le seront de 40%.

La liste est longue. Beaucoup de chantiers ont été menés. Beaucoup reste encore à faire. Je pense par exemple aux restaurants universitaires, qui devrait être encore plus accessibles. Je pense aussi à la santé. Nous avons déjà amélioré la couverture sociale des étudiants. Mais les campus devraient à mon sens abriter de véritables dispensaires et non seulement une médecine préventive. Voir certains jeunes renoncer à se soigner est inacceptable pour une démocratie comme la nôtre, qui revendique un haut niveau de protection sociale.

L’amélioration des conditions de vie des étudiants, c’est aussi une affaire de confiance. Nous avons voulu leur en témoigner, en reconnaissant mieux leur engagement. C’est l’année de césure. Ce sont les projets de « la France s’engage », pour lesquels beaucoup d’étudiants se sont mobilisés, ou le service civique, qu’ils sont nombreux à rejoindre.

La disposition que nous avons prise, dans le projet de loi égalité et citoyenneté, permettra de mieux prendre en compte la participation des étudiants, dans des associations, de mieux valoriser ce temps passé au service de soi et des autres. Ce n’est pas anecdotique : les apprentissages se jouent aussi en dehors de la formation universitaire, et la vie associative est essentielle à la vie de campus.

L’urgence, en 2012, c’était enfin la gouvernance universitaire. La loi Recherche de 2006, la loi LRU de 2007, ont laissé des traces. L’autonomie adoptée par la droite était incohérente parce qu’elle était sans moyens ; elle était déséquilibrée parce qu’elle était sans contrôle. Il fallait de l’apaisement. La loi pour l’enseignement et la recherche portée par Geneviève Fioraso y a pourvu. Désormais, les enseignants-chercheurs et les étudiants décident librement de la direction de leur université et de la direction que doit prendre leur université. La politique de site est poursuivie, mais rééquilibrée. L’autonomie appelait aussi une simplification administrative. Ce n’est pas vous qui me contredirez : la bureaucratie pèse sur de façon majeure sur votre travail, sur celui des enseignants chercheurs et sur celui des étudiants. La simplification était aussi devenue une urgence. C’est un chantier que Thierry Mandon porte depuis son arrivée. Il en a l’expérience. Il en connaît la nécessité. Il l’évoquera mieux que moi. Mais je sais combien le temps gagné sur le suivi administratif et financier des projets ANR, ou l’accréditation rapide de l’offre de formation des universités peuvent changer votre vie.

Les urgences, au cours de ce quinquennat, se sont donc massivement imposées à nous. Nous les avons affrontées. Nous y avons apporté des réponses. Elles méritent pour partie d’être amplifiées. Mais nous n’avons pas oublié le temps long.

Il n’a même cessé d’occuper notre esprit. Dans le monde qui vient, la matière première sera la matière grise.

La formation et la recherche occuperont une place déterminante. Il faut dix ans pour construire cette place. Nous avons commencé à le faire.

 

Nous avons commencé par le commencement : le socle éducatif. Là où la droite a découpé les réformes, nous avons choisi le continuum, qui est un pas à pas et qui est une vision globale de la formation initiale. Avant de réformer l’université, il fallait réformer le lycée. Avant de nous consacrer au lycée, il fallait nous atteler à l’enseignement primaire et secondaire. C’était un préalable essentiel. Il ne nous a pas empêchés, bien entendu, de jeter les bases d’une réforme de l’orientation post bac, d’instaurer des quotas dans les filières courtes, ou d’appuyer la spécialisation progressive pour une meilleure réussite en licence. Mais la réforme du premier cycle ne peut pleinement porter ses fruits sans ce travail mené en amont sur l’enseignement secondaire.

Pour l’avenir, nous avons établi une feuille de route : il nous fallait des objectifs, partagés sur dix ans. C’est la Stratégie Nationale pour l’Enseignement Supérieur. L’ensemble de la communauté universitaire y a contribué. Elle est aujourd’hui consensuelle. C’est indispensable pour réformer avec sérénité. Pour les dix prochaines années, nous avons repris ses objectifs dans nos Cahiers de la Présidentielle :

Nous voulons poursuivre la démocratisation et atteindre, en 2025, 60 % d’une classe d’âge diplômée du supérieur, 50% diplômée d’une licence, et former 20 000 docteurs par an. Nous voulons réduire l’écart de réussite entre les enfants d’ouvriers et les enfants de cadre.

Nous voulons faire en sorte que la moitié des étudiants du pays bénéficient d’une bourse contre un tiers aujourd’hui.

 

 

Pour atteindre ces objectifs, il faut naturellement des moyens. En la matière, les socialistes ont formulé des choix clairs : pour qu’il soit démocratique, cet effort doit être collectif, porté par la Nation et non par l’augmentation des frais d’inscription. Nous considérons que les financements consacrés à l’enseignement supérieur et à la recherche devraient atteindre 2% du PIB d’ici à la fin de la prochaine législature.

Pour atteindre ces objectifs, il faut aussi poursuivre les réformes engagées dans l’organisation des universités. A gauche, la question de l’autonomie est désormais tranchée. Nous avons dit oui. Il s’agit désormais d’en tirer toutes les conséquences, sur le plan pédagogique et sur le plan financier. Pour autant, la confiance n’exclut pas le contrôle. En la matière, le contrôle, c’est le contrat, entre l’Etat et l’Université. Les instruments existent déjà.

 

Cette autonomie doit être ouverte : ouverte aux recrutements extérieurs et ouverte au monde. Ouverte à la circulation des enseignants et ouverte à la circulation des étudiants étrangers, ce qui est un atout, et ce qui doit être facilité.

Pour atteindre ces objectifs, on ne peut plus penser l’enseignement supérieur d’un côté et la recherche de l’autre. L’internationalisation des universités l’impose, comme elle impose le rapprochement entre grandes écoles, classes préparatoires et universités. Il ne s’agit pas pour autant de nous aligner sur le modèle américain, comme le souhaite ardemment la droite, si j’en crois son programme, mais d’inventer notre propre chemin. Nous avons commencé à le faire.

Mes chers amis, vous l’aurez compris, ce que veulent les socialistes, c’est que l’Université retrouve dans les discours, les débats et les intentions politiques la place qu’elle mérite et la place qu’il faut lui donner à l’avenir : toute la place.

Ce que veulent les socialistes, c’est une France nouvelle où la formation par la recherche soit accessible au plus grand nombre. La démocratisation doit être poursuivie. La sélection par la réussite, par l’information et par l’orientation, et non la sélection par l’échec, doit être notre ambition.

Ce que veulent les socialistes, c’est une France nouvelle où les élites, celles qui sont à la tête des entreprises, celles qui sont à la tête des administrations publiques, seront aussi familiers de ce qu’apporte la recherche et viendront s’y ressourcer. Nous avons commencé à y travailler. On a souvent reproché aux Nanterre de ne pas être assez Voltaire. Je crois qu’avec la révolution de l’immatériel, où les connaissances évoluent extrêmement vite, nous avons besoin que les Voltaire soient un peu plus des Nanterre.

Merci à vous.

 

 

29 Août

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Interview dans Direct Matin

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A trois mois du congrès de Reims, ne craignez-vous pas que les stratégies d’alliances et les tractations éclipsent le débat idéologique lors de l’université d’été ?
C’est un risque. C’est pour cela que je demande aux uns et aux autres de garder le ton adéquat aux réunions afin qu’elles restent conviviales, amicales et studieuses. Nous ne devons pas nous disputer sur des questions de personnes. Si cette feuille de route est respectée, nous aurons comme d’habitude aux universités d’été, le festival in et le festival off.

Selon un récent sondage, 67% des français pensent que le PS n’a pas de projet pour la France ?
Pour l’instant le PS est prisonnier d’un combat de personnes. Il a une attitude paresseuse qui consiste à attendre l’alternance. Il doit profondément se renouveler pour créer les conditions d’une alternative crédible. Tant qu’elle ne sera pas au centre des préoccupations des socialistes on se retrouvera dans ce paradoxe qui est que le gouvernement est décrédibilisé et que la gauche n’arrive pas à l’emporter.

Et quel candidat au poste de premier secrétaire allez-vous soutenir pour mener ce renouvellement ?
Il serait dommageable qu’en cette rentrée où les Français souffrent, les socialistes donnent l’image de querelles de personnes. Les socialistes doivent se tourner vers les Français plutôt que spéculer sur celui ou celle qui l’emportera. Je mets fermement en garde mes camarades… Ne gâchons pas l’occasion de montrer aux Français que nous préparons l’alternative pour eux.